LA BATAILLE DE VINON

15 DECEMBRE 1591


 
la stèle

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Comment la trouver ?

Il faut vous rendre dans le quartier du Hameau, face à la plaine, non loin du rond-point,
à l’angle de la rue Mirabeau et de la place des Aires,
en surplomb de la route départementale D554,
dans ce qui est maintenant un parking.

Là, une pierre dressée portant une plaque gravée du texte :


 

DANS CETTE PLAINE
LE 15 DECEMBRE 1591
L’ARMEE DE HENRI IV A VAINCU LE DUC DE SAVOIE
ET LA PROVENCE RESTA FRANCAISE
EN 1991, VINON S’EST SOUVENU

a été installée par la municipalité de VINON-SUR-VERDON en 1991 à la demande de l’Association Histoire et Archéologie de VINON-SUR-VERDON
à l'occasion de la parution de l’étude historique :

"1591 : VINON la victoire oubliée"

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- tout ce qui suit a été largement "emprunté" à cette étude historique -


En 2004, à l'occasion de travaux sur l'esplanade, la pierre dressée s'est légèrement déplaçée.


 

Voici son nouvel environnement.


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QUE VENAIENT DONC FAIRE A VINON LES ARMEES D'HENRI IV ET DU DUC DE SAVOIE ?

Il faut se replonger dans le contexte de l'époque :

LES GUERRES DE RELIGION


-toutefois, le visiteur/internaute pressé ou bien averti de cette période peut descendre directement au chapitre : La bataille. -


Elles commenceront dans notre région vers 1545
et finiront avec l’Edit de Nantes en 1598.
Au départ il s’agit d’une guerre civile à motif religieux.
En 1589, mort d’Henri III et accession au trône d’Henri de Navarre qui devient Henri IV.
La guerre civile change de ton, passant du « tout religieux » au « tout politique ».

Imaginons l’état des lieux vers 1587.

Le Parlement de Provence s’est scindé en deux fractions :

L’une, la plus importante, n’accepte pas Henri de Navarre pour futur Roi de France et siège à Aix.
Ces « Ligueurs » emmenés par le Comte de Carcès, Jean de Pontevès, catholique, et surtout le Baron de Vins, soutenus par la hiérarchie catholique et le Parlement de Provence continuent à pourchasser les protestants.

L’autre, minoritaire, les « royalistes », reconnaissant Henri de Navarre comme héritier légitime du trône de France, établit son siège à Riez. Bernard de Nogaret de la Valette, à la tête de huguenots et de bigarrats (ainsi appelés parce que leurs troupes sont bigarrées c’est-à-dire composées de protestants et de catholiques) doit donc défendre Riez qui va constituer son quartier général de commandement. Pour cela, il doit « nettoyer » les alentours de Riez et s’assurer le contrôle des voies de communications.
Il va donc assiéger les places fortes et s’emparer des villages contrôlant des routes ou des ponts : Valensole, Gréoux, Vinon (point de passage obligé des denrées de toutes sortes), St Julien (point fort et pont sur le Verdon), St Paul, Puimoisson, Rians, Esparron-des-Pallières, etc.
Son projet vise à priver de ravitaillement Aix qui ne dispose plus que des marchandises provenant des plateaux et des contreforts des Alpes. Dès 1588, la Valette a fait fortifier les châteaux de St Paul-lès-Durance et de Mirabeau. Il s’appuie sur les places de Riez et d’Aups.

De ce fait nombre de villages sont livrés aux attaques des deux factions.
Ainsi en fut-il, entre autres, de St Paul et Mirabeau repris par la Ligue.

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Mais à partir de 1590 les affrontements prennent une autre dimension.
Ce ne sont plus seulement des villages et des terres qui sont convoités mais une province toute entière.

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La Provence déchirée par la guerre civile semble une proie facile et suscite bien des désirs de conquête chez les puissances voisines : Espagne, Papauté, Savoie.
La faiblesse des derniers rois français et le protestantisme d’Henri IV amenaient les puissances étrangères à revendiquer la couronne de France. Philippe II d’Espagne espérait bien la donner à l’Infante, sa fille, dont il se ferait alors le protecteur; en attendant il envoyait quelques secours militaires à la Ligue et une flotte devant Marseille.
En 1590, Charles Amédée, Duc de Savoie, dont le domaine comprenant en outre le Piémont et le Comté de Nice, espéra un moment lui aussi se faire couronner roi de France en tant que cousin des précédents souverains ; le Parlement de Grenoble lui offrit même la place. Battu en Dauphiné par Lesdiguières, il réduisit ses ambitions. Poussé par un nouveau pape qui voulait affaiblir la France, il espérait bien annexer la Provence. Ainsi laissant aux Espagnols le Bas Languedoc qu’ils occupaient en partie et peut-être Marseille, il se serait taillé l’amorce d’un royaume de part et d’autre des Alpes et s’en aurait été fini d’une France ouverte sur la Méditerranée.

En Provence même, certains Ligueurs reprenaient le rêve d’une sorte de république des petits seigneurs provençaux, indépendante mais soutenue par l’Espagne, la Savoie et le Pape. La Comtesse de Sault qui avait succédé à Hubert de Vins comme animatrice de la Ligue, était au cœur de ce projet ; pour le réaliser elle appela au secours le Duc de Savoie qui, on l’a vu, avait une ambition plus personnelle.

Ainsi la guerre civile en Provence connut une relance avec la présence de plus en plus dominante de l’Etranger, surtout le Duc de Savoie qui préparait une annexion. L’année 1591 allait à la fois concrétiser les projets des princes étrangers mais aussi, au cours des combats, renforcer le parti d’Henri IV jusqu’à écarter la menace d’une partition de son royaume.

Cette intervention, si elle conforte les Ligueurs, provoque aussi le départ d’un certain nombre de nobles seigneurs, antérieurement Ligueurs, se ralliant aux bigarrats, fidèles au Roi de France ; tandis que les Ligueurs favorables à l’intervention étrangère, apparaissent comme des traîtres aux intérêts de la France.

*

L’année 1591

En juillet, le Duc de Savoie de retour d’Espagne avec argent, une armée et des galères, reprend les opérations et assiège Berre et son riche trésor naturel, les salines.

De son côté, La Valette obtient l’aide de Lesdiguières et attaque Digne, fief Ligueur en Haute Provence. Mais il lui faut secourir Berre affamé par le siège. Un convoi de vivres se forme sous la responsabilité de La Valette et descend vers la mer.
Rien n’y fait, puisque Berre capitulera au début du mois d’août.
Maintenant l’hiver approche et La Valette veut éviter que la ville d’Aix soit ravitaillée en blé par la Haute-Provence. Pour cela il va faire fortifier le village de Vinon, passage obligé de ces substances, et en confie la défense à Mesples, le défenseur de Berre.
Alors, apprenant que le Duc de Savoie prépare une expédition contre Vinon, La Valette ramène le gros de ses troupes autour de Manosque et fait à nouveau appel à Lesdiguières.

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LA BATAILLE

L’enjeu

Tout ceux qui en parlent reconnaissent à la fois le peu de valeur de Vinon comme agglomération et place forte, et à la fois son importance stratégique dans les liaisons d’Aix avec la Haute-Provence. Vinon est la dernière place avant les plateaux et la montagne. De plus Vinon est au bord du Verdon que l’on traverse depuis toujours par un bac et parfois à gué mais difficilement.
Autant dire que La Valette contrôlant la rive droite de la Durance presque jusqu’au Rhône ainsi que la région de Saint-Maximin, s’il tient aussi Vinon, Aix sera coupé de tout un arrière-pays nourricier. Cet intérêt,ajouté à la provocation voulue par La Valette et bien ressentie comme telle par le Duc, fit que ce village devint un enjeu essentiel pour les deux adversaires.

Les préliminaires

Mesples part donc, début novembre, pour Vinon avec 450 hommes, ses meilleurs fantassins.
Les remparts du village avaient été démantelés au printemps précédent et il faudra en fait plusieurs semaines pour les reconstruire. Les travaux s’accélérant lorsqu’il fut annoncé
que le Duc de Savoie se mettait en route lui-même avec son armée.

Du côté savoyard, les troupes se regroupent en novembre à Rians
pour compléter leur équipement et attendre les canons.
Dès la fin novembre des patrouilles installent quelques postes autour de Vinon, isolant Mesples.
Ensuite des détachements plus importants voyant qu’ils n’ont affaire qu’à des arquebusiers
sans artillerie ni cavalerie
commencent à construire des positions pour bloquer le village
et établir le camp où va s’installer le Duc et son corps d’armée.
Sitôt les canons arrivés et le village complètement encerclé, l’assaut va pouvoir commencer.
Nous sommes alors le 12 ou 13 décembre 1591
et voilà donc comment se présentait la situation sur le rive gauche du Verdon.

Sur la rive droite, les arquebusiers royalistes étaient cantonnés à Rousset
et la cavalerie regagnait Sainte-Tullle chaque soir en traversant la Durance.
La Valette lui se tenait avec le reste de ses troupes à Manosque
où il attendait une réponse de Lesdiguières quant à sa demande de renforts.
En vain, car seule une cinquantaine de cavaliers arrivera des Alpes en renfort.

La stratégie

La Valette ne doit compter que sur ses propres forces
qui sont numériquemment inférieures à celles du Duc de Savoie.
Puisque l'infanterie du Duc est restée sur la rive gauche,
à l'exception d'un petit contingent qui contrôle le hameau,
il penche pour une action lui permettant de se rapprocher du Verdon,
au niveau de la falaise, d'où il fera s'échapper Mesples et ses hommes
car il n'a pas un effectif suffisant pour déloger le Duc de Vinon.
Le Duc de Savoie, lui, se contente d'observer son adversaire sur l'autre rive
et de donner assaut aux défenseurs du village.

Les combats

Tout va aller très vite !
Le 14 et le 15 au matin, après avoir fait une brêche dans les défenses
grâce à leurs deux "couleuvrines", les savoyards ont donné plusieurs assauts.
Les défenseurs les repoussent.

Dans la matinée du 15, la cavalerie du Duc entreprend avec précaution de traverser le Verdon
et une fois sur la rive droite, les cavaliers ne se déploient pas immédiatement dans la plaine.
L'infanterie savoyarde ne bouge pas et reste sur la rive gauche.
Peut-être le Duc de Savoie a-t-il pensé défaire son adversaire
par une belle charge de cavalerie sans avoir recours à l'infanterie ?

Le 15 au matin, La Valette fait avancer son armée en ordre de bataille :
la cavalerie "à petits pas" à travers la plaine de Pélonière est en retrait
et l'infanterie, massée sur son flanc gauche sous la colline de Bouyte, à l'arrêt.
Tandis qu'un contingent d'arquebusiers à pied,
épaulé par un escadron de cent cinquante cavaliers armés de pistolets aux ordres de Buoux,
se porte en avant pour faire face aux trois escadrons de cavalerie du Duc
qui sont en cours de formation au lieu dit "le pas de Menc" tout près du Verdon.
Il y a là, un escadron de "ligueurs" provençaux commandé par Carcès,
un escadron de cavaliers cuirassés armés de lances commandé par l'espagnol Vinciguerra
et le dernier escadron commandé par le Duc lui-même.
Le temps passe et les savoyards forment leurs rangs mais n'avancent pas.
Le soleil commence à descendre sur l'horizon lorsque l'affrontement va avoir lieu.
Il devra être assez bref pour qu'une décision intervienne avant la nuit.

Le choc

Buoux attaque de front les cavaliers de Vinciguerra au pistolet
et au même moment les arquebusiers tirent une salve à dix pas sur leurs adversaires.
Carcès attaque Buoux sur son flanc gauche créant une confusion dans les rangs royalistes,
mais qui ne dure pas, car Carcès est à son tour attaqué
par les autres corps de cavaliers royalistes et il doit rompre l'engagement.
La confusion est totale : les cavaliers royalistes ont chargé, les cavaliers savoyards
ont subi l'assaut et sont dos au Verdon sans aucune possibilité de manoeuvre.
Certains combattants tentent de repasser la rivière en désordre.
Le gué aménagé est saccagé par le nombre
et des cavaliers, lourdement harnachés, sont emportés par les flots.
Le Duc de Savoie n'arrive plus à reformer ses contingents
et doit lui-aussi repasser hâtivement le Verdon
en oubliant même sur la rive droite son casque de parade.
La nuit tombe. C'est terminé.
Le lendemain le Duc de Savoie se replie sur Saint-Paul où il se met à l'abri des murailles du château considérant qu'il n'est plus en mesure d'affronter à nouveau son adversaire.

Le bilan

Parmi les hommes de La Valette seulement six cavaliers avaient été tués lors de la charge
et douze arquebusiers tués par les cavaliers de Carcès.
Il y avait peu de blessés.
On retrouva plus de 160 morts des savoyards et leurs alliès en comptant les noyés.
Les deux couleuvrines furent récupérées intactes par les royalistes.

ET LA PROVENCE RESTA FRANCAISE

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Pour une meilleure compréhension de cet affrontement,
il convient de savoir qu'en cette fin de XVIème siècle l'arme à feu transforme la cavalerie.
Au début du XVIIème siècle, la lance aura pratiquement disparu. En France, les guerres de religion, avec leurs combats d'embuscades et d'escarmouches imposent l'arme à feu.
La bataille de VINON est caractéristique de cette évolution.
Le Duc de Savoie n'ayant pas engagé son infanterie, donc ses arquebusiers à pied, a vu ses escadrons de lanciers cuirassés espagnols malmenés par une seule charge de chevau-légers armés de pistolets et pratiquant la tactique de la "caracole".
Déjà, les cavaliers allemands de Charles-Quint, les "reîtres", utilisaient cette manoeuvre :
"Ils s'avancent au trot par escadrons de quinze rangs. Lorsque les cavaliers du premier rang arrivent à distance de tir, c'est à dire quand ils voient le blanc des yeux de leur ennemi, ils déchargent leurs pistolets, visant au ventre.
Puis ils s'effacent de part et d'autre et se replient au dernier rang pour recharger.
Pendant ce temps, le deuxième rang ouvre le feu à son tour, etc...
Pour être accompli dans l'agitation du champ de bataille, un tel exercice exige une parfaite maîtrise du cavalier, un sang froid et une discipline sans faille."

Regardons maintenant des illustrations :


 


 

Les deux, ci-dessus, montrent ce qui a dû se passer.

Par contre, si le Duc de Savoie avait fait franchir à son infanterie le VERDON,
voici ce qui aurait pu arriver :


 

Mais on ne refait pas l'Histoire.

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Revenons sur l'autre rive et intéressons-nous au siège de VINON.

Les murailles et bastions du village ont subi la canonnade des "couleuvrines" du Duc de Savoie.

Il s'agit de bouches à feu, fines et longues en usage du XVème au XVIème siècle.


 

L'illustration montre une couleuvrine de défense sur un rempart.
En campagne, la pièce était montée soit sur un affût fixe, soit sur un support mobile.

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