Jean-Marie BEYNET
concepteur d'aérodrome
 

1958


 

 
Monument élevé en juillet 1991 par ses amis et ses élèves sur l'aérodrome.





 

-- C.A.P = Circulation Aérienne Publique --

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Si Fortuné CHEILAN a bien été « l’inventeur » de l’aérodrome en 1931,
Jean-Marie BEYNET en sera « le concepteur » en 1958.

- un peu d’ histoire s’impose donc -

La plaine de PELONIERE est indissociable de l’histoire de VINON-SUR-VERDON.
Au fil des siècles, ce plateau aride et sec, peu productif avec les moyens de l’époque,
n’était que d’un faible d’intérêt pour les seigneurs qui en étaient propriétaires.
A partir de la Révolution, dans l’esprit du moment, on voulut en faire un bien commun
distribué équitablement à une centaine d’habitants qui en auraient été les exploitants.
Vision généreuse qui s’éteindra devant les réalités : incompétence agricole des attributaires, éternel manque d’eau, acidité des sols, aucun moyen pour acquérir des semences, etc…
De jachères en ventes aux enchères improductives les terrains de PELONIERE
furent pour la commune un souci et une source de conflits.

Il faudra attendre le début du vingtième siècle et la naissance de l’aviation
pour qu’un enfant de VINON se dise « et pourquoi ne pas en faire un terrain d’aviation ? ».
Cet homme était Fortuné CHEILAN, maire de VINON en 1931.
Inlassablement, il fera le siège des administrations concernées et des cabinets ministériels.
Grâce à l’appui du ministre de l’Air de l’époque Guy LA CHAMBRE, il obtiendra le classement des terrains de PELONIERE en aérodrome militaire secondaire.
La mainmise de l’état sur ces terrains réglait ainsi le problème communal.

En 1938 des manœuvres militaires dans le sud-est seront l’occasion pour des aéroplanes militaires, auxquels des pistes sommaires suffisaient alors, de l’utiliser brièvement.
On y implanta des abris pour avions en bois et toile qui serviront à nouveau de décembre 1939
à mai 1940 pour y loger la 54ème escadre d’aviation d’assaut en cours de constitution.
L’Armistice verra la neutralisation du terrain et jusqu’en 1942 son occupation par les militaires Italiens et il sera finalement miné jusqu’en 1944.

Au lendemain de la guerre il sera désaffecté et abandonné tout en restant un terrain militaire, propriété de l’Etat, faisant ainsi le bonheur des bergers et des cueilleurs de champignons.

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C’est dans cet état que le 19 mai 1958 Jean-Marie BEYNET le découvrit.

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La plaine de PELONIERE avait rendez-vous ce jour-là avec ce qui lui avait jusque-là manqué :
un homme d’action,
un homme de compétence,
un homme d’expérience,
un homme passionné
qui allait faire bâtir, seul et à ses frais, des hangars et des pistes
là où seulement des plants de pois chiches parvenaient encore à pousser.

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L'HOMME



 
Jean-Marie BEYNET est né à ANTIBES.
Etudes classiques.
Diplôme des études supérieures de physique à la faculté des sciences de MARSEILLE.
Breveté pilote d’avion.
Part aux colonies en 1945 pour le compte d’une entreprise de transports.
Profite de périodes de congés pour effectuer des stages à SAINT-YAN et à CHALLES
afin de devenir pilote professionnel instructeur.
En 1956 convoie de FRANCE en GUINEE française un JODEL D 112 en traversant le SAHARA
sans équipement de navigation.
En 1958, la GUINEE opte pour l’indépendance sans la FRANCE.
Les nationalisations et l’instabilité politique le contraignent à un retour en métropole.
Le 14 août 1958 il crée une école de pilotage à VINON-SUR-VERDON.

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LA NAISSANCE DE L’AERODROME

- laissons le soin à Jean-Marie BEYNET de nous la raconter
en « empruntant » quelques lignes de son article paru dans la revue « ICARE » -

Les préliminaires
" Je ne saurais dire exactement à quel moment me vint l’idée de créer
un aérodrome et une école de pilotage là où il n’y en avait pas.
Ce dont je suis sûr, c’est que ce fut au cours du mois de décembre 1957
alors que je me trouvais encore en GUINEE.
Mais où créer un terrain ?
Il me fallait trouver un emplacement disponible et autant que possible en Provence.
Ironie du sort : une vieille carte routière Michelin n° 84 traînait dans ma voiture.
Mon regard fut attiré par un petit carré jaune, situé au confluent de la Durance et du Verdon, en plein cœur de la Provence : VINON.
Je n’y étais jamais allé, je ne connaissais rien de cet endroit.
Le site me paraissait excellent : à l’écart des grands courants du mistral, un climat accueillant ; absence totale d’aérodrome en activité dans un rayon de cinquante kilomètres, pas d’école de pilotage voisine risquant d’être concurrencée.
Ma décision fut vite prise.
J’écrivis une longue lettre au Service de la Formation Aéronautique, à PARIS, pour expliquer mon projet. Je sollicitais les autorisations nécessaires pour m’installer à VINON, aménager l’aérodrome, et y fonder une école de pilotage.
Petit détail, j’ajoutais que je prenais tous les frais à ma charge."

La découverte
" Le 19 mai 1958 je mettais les pieds pour la première fois à VINON.
Au centre du plateau, un immense désert plat, de 150 hectares, sans une habitation, sans un chemin, sans un arbre, sans un buisson, sans rien.
De quoi vous foutre un vertige horizontal. J’étais abasourdi, mais fou de joie : cela me rappelait la brousse ! Je fis rapidement le tour de ce désert, à pied, méditant déjà où je pourrais bien placer un hangar, tracer une piste d’envol…"

Au travail !
"Dès le lendemain, je fonçais à PARIS, au Service des Bases Aériennes où je fis connaissance d’un fonctionnaire charmant.
Sans doute séduit par mon enthousiasme à toute épreuve, il consentit bien volontiers à m’aider
et, en trois coups de cuiller à pot, il me dessina un plan de masse
(en général, il faut au moins six mois ; il ne lui fallut qu’une demi-journée).
Sur le papier, j’avais déjà ma piste, mon hangar, mon club-house, ma route d’accès.
Restait à réaliser tout cela sur le terrain.
Je repartis à toute vitesse pour VINON, sans perdre une minute, et je me mis au travail."

Au résultat !
"En l’espace de cinquante et un jours, remuant ciel et terre (c’est le cas de le dire),
bousculant les bureaux, les services, les employés des administrations, je parvins à :

- aménager une route d’accès de 1300 mètres ;
- faire creuser un puits jusqu’à la nappe phréatique ;
- tracer et aménager une piste d’envol de 30 x 600m :
- faire édifier un hangar pour avions de 15 m x 15 m ;
- faire construire un club-house ;
- faire installer le téléphone
(par une ligne aérienne de 2400 m dotée de 24 poteaux) ;
- faire amener l’électricité
(par une tranchée de 500 m, un câble souterrain, plus une ligne aérienne de 150 m) ;
- aménager une soute à essence provisoire
(10 fûts de 200 litres à l’ombre, méthode africaine éprouvée) ;
- organiser des réunions d’information dans toute la région
(il n’y avait jamais eu d’école de pilotage dans le secteur) ;
- informer la Presse ;
- déposer les statuts d’un aéro-club (le plus facile) dénommé : DURANCE - VERDON;
- aller prendre livraison à ISSOIRE, chez WASSMER, du JODEL D 120
que j’avais acheté neuf, et qui me permettrait de faire à la fois de l’école et des voyages.

Et le dimanche 13 juillet 1958, nous commençâmes à voler à l’aérodrome de VINON,
qui fut brillamment inauguré, en présence des autorités locales
et d’une foule importante de curieux, à la fois étonnés et ravis."


 
photo l'aventure d'un aérodrome

La cerise sur le gâteau !
"Mais il y avait encore une autre ombre au tableau.
L’aérodrome était officiellement fermé à la circulation aérienne publique depuis 1951.
Par arrêté ministériel. Il fallait donc obtenir un nouvel arrêté ministériel pour ouvrir à nouveau ce terrain à la circulation aérienne publique. Pas question de voler sans cet arrêté.
Connaissant les lenteurs administratives, j’avais tout de suite déposé une demande auprès du Secrétariat Général à l’Aviation Civile, en précisant que les travaux de réaménagement de la piste Est-Ouest étant terminés fin juin 1958, je désirais commencer immédiatement les vols.
En août 1958, je reçus la visite de deux inspecteurs…
Le 14 août 1958, je recevais de la Direction des Bases Aériennes, un télégramme m’autorisant à utiliser tout de suite l’aérodrome de VINON pour mon école de pilotage…".

***

Le processus engagé se développera et ne s'arrêtera plus.
Des milliers de futurs pilotes viendront goûter à VINON les affres et les joies du pilotage.


 
photo L'Echo de VINON

Certains accéderont aux commandes d'avions prestigieux, tel le Concorde, d'autres plus modestes mais tout aussi fiers, iront dispenser à leur tour leur savoir inculqué par Jean-Marie BEYNET.

Si Jean-Marie BEYNET incarnait la rigueur en matière de pilotage pour ses élèves,
il savait aussi mettre en avant, à titre personnel, son expérience de pilote.
A bord d'un triplace AMBASSADEUR il a réalisé pour le compte de l'émission
"Les coulisses de l'exploit" de FR3 un film intitulé " Un avion dans les gorges du VERDON ".


 
photo L'Echo de VINON

Et quand il est dit "dans les gorges" ce fut bien là qu'il est passé.
Cette prouesse lui valut notoriété du public mais aussi reproches des services de tutelles aéronautiques.

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Jean-Marie BEYNET est décédé le 27 juillet 1989.

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revue "ICARE"
livre "VINON-l'aventure d'un aérodrome de Jean-Marie BEYNET"
l'Echo de VINON n° 38
photos ALS

 

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