BOMBARDEMENT DE VINON-SUR-VERDON
15 août 1944
 

 

 

PASSANT SOUVIENS-TOI



Lorsque vous passez sur le pont de VINON
avant le groupe scolaire, dans un renfoncement,
vous découvrez une pierre dressée
avec une plaque sur laquelle ces mots sont inscrits:

PONT DU 15 AOUT 1944

LE 15 AOUT 1944 A 14HEURES, LE VILLAGE DE VINON

FUT BOMBARDE PAR L’AVIATION ALLIEE QUI VOULAIT FAIRE SAUTER

LE PONT ET COUPER LE REPLI DE L’ARMEE ALLEMANDE.

CE JOUR-LA, 16 PERSONNES TROUVERENT LA MORT.

POUR METTRE FIN A CES BOMBARDEMENTS, LES MAQUISARDS DE

LA REGION ENTREPRIRENT DE DYNAMITER L’OUVRAGE.

PASSANTS, SOUVENEZ-VOUS DE CE SACIFICE CONSENTI POUR

SAUVEGARDER LA LIBERTE DE NOTRE PAYS.

CETTE PLAQUE COMMEMORATIVE
A ETE ERIGEE LE 15 AOUT 1994.


 
Voici la liste des douze victimes civiles de ce bombardement :


ANDRE Jeanne
CHEILAN Léocadie, épouse SAYE
CRUVELLIER Edouard
FARAMIA Octave
GOUIN Jules
HUGUES René
LAZES François
MEGIS Auguste
SAUVAT Jacqueline
SAYE Marie-Louise, épouse SAUVAT
TRAVERSO Enrichetto
UGHETTO François



 

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En 1994, le conseil municipal répondant favorablement à une requête de l' association
des anciens marins & militaires anciens combattants de VINON ( A.M.M.A.C),
fit élever ce monument commémoratif à l'entrée du pont.
L'inauguration eut lieu le 15 août 1994.



Passez la souris sur les personnages ( sans cliquer ) pour obtenir leur nom
 
 
de gauche à droite 1 2 3 4 5 6
1 - Monsieur Yves GUIS Maire de la commune de VINON
2 - Monsieur Lucien PIERRISNARD porte drapeau de l’ A.R.A.C VINON
3 - Monsieur André LAMI Président de l’ A.M.M.A.C de VINON
4 - Monsieur Auguste GOMBERT Président de l’ A.R.A.C VINON
5 - Monsieur Marc BOURGIS Président de la F.N.A.C.A VINON
6 - Détachement de SAPEURS-POMPIERS de VINON conduit par le Capitaine Dominique JOUBERT

 
***


COMMEMORATION 2004 DU BOMBARDEMENT DE VINON-SUR-VERDON

Ce 60ème anniversaire a été l’occasion de réunir
autour de la stèle érigée à l'entrée du pont de VINON-SUR-VERDON
tous ceux qui conservent intact le souvenir de cette journée douloureuse du 15 août 1944
et qui ne veulent pas voir le temps effacer les moments difficiles vécus
par la population de VINON-SUR-VERDON lors du débarquement en Provence.

 

 
Douze bougies déposées au pied du monument
rappellent aux proches des victimes spécialement conviées à cette cérémonie la mémoire des disparus

 

 
Au conseil municipal de VINON-SUR-VERDON conduit par monsieur Dominique JOUBERT
se sont joints des représentants de communes voisines ainsi que le conseiller général du canton de RIANS Monsieur Guy LOMBARD.
Ceci dans un environnement de drapeaux des associations patriotiques venues en nombre pour l'occasion.
 

 

 

 

Une gerbe est déposée au pied de la stèle et une minute de silence ponctuée de l'hymne national et du chant des partisans interprétés par l'Harmonie du Verdon favorisent le recueillement des participants.

Mais au delà du protocole d'une cérémonie difficile à organiser dans un environnement festif et bruyant à l'orée du pont en ce 15 août 2004, c'est l'émotion qui va marquer ce rassemblement des proches de victimes mêlés aux habitants de VINON et tous vont revivre pour quelques minutes, sur les lieux mêmes, ces événements.
Elle se lira sur le visage des spectateurs et dans le regard souvent voilé de larmes de certains d'entre eux au fur et à mesure de l'allocution prononçée par monsieur Dominique JOUBERT rappelant le contexte de cette année 1944 et ses conséquences pour VINON et les Vinonnais :

 

 

Mesdames, messieurs, chers amis
"Le 6 juin 1944, les alliés avaient débarqué en Normandie, mais c'était encore la guerre et l'occupation dans notre région.
Bien sûr nous pensions que le débarquement en Provence était imminent. Tous les jours, les maquisards devenaient de plus en plus hardis pour préparer l'avance des troupes amies et retarder la retraite des Allemands.

A VINON, comme ailleurs en Provence, des exécutions sommaires avaient eu lieu : Henri PARDIGON, André ARBAUD.
Le maire, Fortuné CHEILAN, avait failli perdre un de ses fils lors d'un coup de force des collaborateurs.

Le débarquement allié sur la côte varoise fut déclenché le 15 août 1944 et notre commune allait connaître, ce jour-là, une véritable tragédie. Des familles vinonnaises allaient subir un horrible traumatisme, sous les bombes des avions alliés cherchant à détruire les voies de communication.

Alors ce pont si pratique, si souvent emprunté par les gens de la région, allait devenir pour eux un terrible piège mortel.

Nous sommes là, aujourd'hui, pour nous rappeler qu'à VINON des habitants du village, des voyageurs, ont perdu leur vie, d'autres ont été blessés dans leur chair ce 15 août 1944 pour que la France puisse être libérée du joug nazi, pour que les Français soient de nouveau libres, pour que la République soit rétablie.

Je crois qu'aujourd'hui, soixante ans après, il est difficile de raconter avec exacte certitude ce qu'a vécu notre village et sa population ce 15 août 1944.

C'est pourquoi, je vais laisser parler deux témoins posthumes, auteurs principaux de cette journée : monsieur Fortuné CHEILAN, ancien maire et monsieur René LAMI, résistant, telle qu'ils l'ont relatée dans la revue "ICARE" de 1980.

Fortuné CHEILAN écrivait :

"...le débarquement avait eu lieu le 15 août 1944 sur la côte varoise. Le pont de VINON devint alors d'une importance stratégique que nous n'avions pas soupçonnée. Il permettait, ou aurait permis aux colonnes allemandes de remonter vers le nord et, au 15 août 1944, alors que nous ne les attendions pas, une première vague d'avions américains essaya de détruire le pont, sans succès il faut le dire, et avec des pertes sévères pour la population. René LAMI vint me voir et me dit :" je me mets à votre disposition pour toutes missions périlleuses et pour prévenir la population des vagues d'appareils qui vont se succéder. J'ai un plan. " René est monté dans la tour de l'horloge, et chaque fois qu'au loin il entendait ou apercevait une vague, il sonnait le tocsin. Il se tint dans cette tour comme il put, jusqu'au soir : nous avions été bombardés quatre ou cinq fois. Ce jour-là, j'ai perdu ma soeur, qui était veuve de la guerre 1914-18, ma nièce âgée de 25 ans et sa petite fille de 5 ans ; mon neveu était grièvement blessé. Il fallut mobiliser la population ou plutôt trouver des volontaires pour rechercher les blessés et les morts sous les décombres. René s'y est employé, dirigeant les opérations. Sa propre tante, Madame COUSIRAT avait été gravement blessée."

Dans la même revue, René LAMI se rappelait :

"... je me suis retrouvé dans un réseau de résistance appelé S A P (section atterrissage et parachutage) commandé par l'ARCHIDUC ... J'étais aussi un peu "terroriste" sur les bords et les circonstances m'ont amené à faire sauter le pont de VINON.

Au moment du débarquement en Provence, donc le 15 août 1944, nous avons été bombardés par des "Thunderbolt" P 47" qui ont raté le pont mais pas le village, y faisant malheureusement des morts et des blessés. Il a fallu organiser les secours, trouver un abri pour les sauveteurs, éteindre les incendies. Dès le début des attaques aériennes, je me tenais dans la tour de l'horloge sonnant la cloche selon un code convenu quand il fallait aller s'abriter ou revenir après une attaque et reprendre les secours.
Mais il était surtout urgent de faire sauter le pont car des avions d'observation rendant compte de l'inefficacité des raids, les bombardiers continueraient leurs destructions du village.

Un groupe de FTP (francs-tireurs partisans) était venu avec dix kilos de "plastic". Pendant leur travail, ils avaient installé un drapeau tricolore de la Résistance, et, il n'y eut pas de bombardement cet après-midi là. Malheureusement la charge n'a pas sauté. Craignant que les bombardements ne reprennent le lendemain matin, je suis allé, à la nuit tombée, à GREOUX, contacter un ancien de mon groupe aéro, membre d'un groupe local de résistance. Nous avons pu récupérer des cordons détonants et des crayons chimiques à retard de trente minutes. C'est avec ce matériel et la charge de "plastic" qui n'avait pas explosée, qu'enfin, au petit matin, le "feu d'artifice" a eu lieu. J'ai encore mal au coeur d'avoir détruit ce superbe ouvrage. Il datait de Napoléon ! ...
Les Allemands et les Italiens avaient miné l'aérodrome, il a fallu, avec les copains, faire sauter environ 450 mines ! "

A ces témoignages de vinonnais, je veux ajouter celui de madame FAIVRE D'ARCIER, ici présente, par une phrase de son livre :
" des avions sortis on se demande bien d'où réveillent notre torpeur, en piqué ils plongent, lâchent des bombes ; tant pis pour le taxi, en courant nous allons nous blottir dans les vignes ; ça claque fort, les bombes ne doivent pas tomber loin."

Monsieur Jean EISENBERGER écrivait lui aussi :
"...Les vagues de bombardements se sont poursuivies pendant plusieurs jours sans pour autant atteindre le pont, mais détruisant davantage le village. Les jours suivants avec la camionnette à gazogène d'Aimé DECORY nous avons organisé plusieurs transports de blessés vers MANOSQUE toujours sous la menace de mitraillage d'avions alliés. Nous avons amené les blessés jusqu'à ROUSSET où ils étaient pris en charge par une équipe de MANOSQUE traversant la Durance à gué avec les brancards."

Oui, aujourd'hui, nous devons rendre hommage aux victimes de ce bombardement en s'inclinant devant leurs familles ici présentes :
ANDRE Jeanne
CHEILAN Léocadie, épouse SAYE
CRUVELLIER Edouard
FARAMIA Octave
GOUIN Jules
HUGUES René
LAZES François
MEGIS Auguste
SAUVAT Jacqueline
SAYE Marie-Louise, épouse SAUVAT
TRAVERSO Enrichetto
UGHETTO François

Oui, aujourd'hui, nous devons rendre hommage aux résistants qui ont sauvé l'honneur de notre village et celui de la France : André ARBAUD, Henri FICHER, Johnny IHM, René LAMI, Albert et Georges LEOPARDO, Félix MAURRAS, Henri PARDIGON, Julien PERRACHE, Henri PHILIBERT et sans doute bien d'autres actifs mais restés anonymes.
Je le répète encore, soixante ans après il est difficile, alors que les vrais témoins sont presque tous disparus, de restituer point par point cette dramatique journée.
Ce dont je suis sûr, c'est que la population de notre village, ce jour-là a vécu un véritable cauchemar ! Tués, blessés, secouristes volontaires, maquisards, tous ont pris part à ce que l'on célèbre aujourd'hui. Tous ont participé dans leur sang, dans leur chair, dans la souffrance à ce qui n'aurait dû être qu'une journée de joie : le débarquement allié sur la côte varoise, la libération de notre Provence et de la France.
Voici, mesdames et messieurs, le profond hommage que notre commune de VINON-SUR-VERDON veut vous rendre, à vous, dignes descendants de ceux qui ont donné leur vie pour la France.
C'est un chaleureux merci que nous vous adressons aujourd'hui, sur ce pont, symbole de la résistance de notre village à l'occupant nazi.
Je veux aussi que nous disions tous merci à tous ceux qui ont permis le bon déroulement de cette cérémonie : les services administratifs et techniques de la commune, la police municipale, les porte-drapeaux ici-présents, les sapeurs-pompiers, l'Harmonie du Verdon et monsieur Philippe BAURES qui a investi beaucoup de son énergie et de son temps pour la recherche et la mise en page des documents que vous allez recevoir."

 

 
Un livret du souvenir est remis à M. Albert LAZES


 

 
Un livret du souvenir est remis à M. WIPLI représentant la famille MEGIS

La première partie de la cérémonie sur le pont se termine par la remise des livrets du souvenir à chaque famille et monsieur Dominique JOUBERT invite les participants à traverser le pont pour rejoindre le Moulin de Saint André où se déroulera la seconde partie de la cérémonie.
 


Le préau du Moulin de Saint André pavoisé aux couleurs de la Provence et de l'Europe et, décoré côté rue, du "Grand Pavois" cher à monsieur Philippe BAURES a rassemblé les familles pour une photo officielle sur fond de drapeaux des associations patriotiques


photo Marion Vinon


 

Puis l'ensemble vocal de VINON, conduit par madame Jocelyne GAYE, a interprété "l'hymne à la joie" et le "chant des partisans" apportant une note de circonstance aux personnes présentes pour clore cette cérémonie avant que toutes ne se retrouvent autour du vin d'honneur offert par la municipalité.



L'ensemble vocal de VINON
Mme Gaye, Mme Payrault, M. Givaudan, M. Dumont, M. Payrault
 
En marge de la manifestation officielle un repas informel a réuni dans le cadre du restaurant "La Table Ronde" une cinquantaine de convives qui ont pu échanger leurs souvenirs.

 
 

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70 ème anniversaire du bombardement du pont de Vinon-sur-Verdon

Le 15 août 2014, vers 10 heures, les vinonnais se sont donnés rendez-vous à l'entrée du pont
qui enjambe la rivière Verdon et relie le vieux village au hameau.

L'heure était au recueillement et au souvenir d'un épisode douloureux
aujourd'hui vieux de soixante dix ans


 
photo ALS

dont il convient de rappeler, sommairement, le contexte :

Lors du débarquement des forces alliées sur les côtes de Provence le 15 août 1944, les stratèges avaient estimé
qu'il était nécessaire de détruire un maximun d'ouvrages sur les routes qui auraient pu permettre aux troupes ennemies
de se ravitailler en hommes et matériels ou en sens inverse de remonter vers le nord pour s'y réfugier.
En conséquence l'aviation avait pour mission de détruire les ponts et les gares de chemin de fer
ainsi que tous les ouvrages d'art le long des routes dans le sud-est de la France.
Dans la proche région, Vinon, Mirabeau et Gréoux furent visés ainsi que la gare de Sisteron.
On ne bombarde pas, hélas, sans faire de victimes souvent "collatérales" dans la population.

Ce fut le cas à Vinon : venus du sud, les chasseurs bombardiers se sont "calés" sur la tour de l'horloge
avec le village qui leur masquait le pont au lieu de le faire sur l'église qui a vue directe sur le pont.
Ce décalage de quelques degrés a fait que le village a reçu les bombes et le pont est resté intact.

Avec le recul, on peut s'étonner du fait que la population vinonnaise,
toute occupée à la célébration de sa fête votive du 15 août, n'ait pris aucune mesure de sauvegarde pour se protéger.
Mais même si quelqu'un de Cavalaire avait téléphoné pour dire que le débarquement venait de commencer,
pensez-vous qu'il aurait été cru par un vinonnais dont le village est à cent kilomètres de cet évènement soudain ?
Quant aux bombardements, même si les premiers vols en direction de Sisteron étaient passés sur Mirabeau,
quel vinonnais aurait pensé que Vinon et son pont puissent être un objectif stratégique :
d'où cette surprise totale lors de la première vague d'avions sur le village.

Et le bilan fut lourd :
16 victimes comme le dit la plaque commémorative (dont seulement 12 sont dénommées sur la liste)
mais sans doute des blessés qui furent évacués dans l'urgence
vers l'hôpital de Manosque par des secouristes de bonne volonté.

Issues de familles vinonnaises,
ou simplement de passage au mauvais momment à Vinon,
elles furent le tribut à payer par Vinon pour la libération de la Provence.

Aujourd'hui 15 août 2014 les proches des victimes se sont retrouvés sur ce pont pour honorer leur mémoire
en présence des autorités locales accompagnées des représentants des associations d'anciens combattants
ainsi que par tous ceux qui, de par leur jeunesse, découvrent l'évènement.

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