² ELIGUNE
 

 
 
 
2 DECEMBRE 1851

 
SURSAUT REPUBLICAIN

Au cours de vos promenades dans VINON vous ne trouverez aucune trace de cet évenement.
Aucune rue, aucune place, aucune plaque ne le rappelle.
De la mémoire collective on n'en a retenu que le souvenir de " Martin Bidouré - fusillé deux fois -".
Pourtant tout le sud-est a été concerné et VINON autant que d'autres villages de PROVENCE.
Il nous paraît opportun de vous en parler aujourd'hui.

*

C'est à AUPS que nous sommes allés chercher l'image du monument aux morts
qui symbolise le souvenir des victimes de cette insurrection.


 

Le texte gravé dans le marbre de la plaque en est le résumé.

A LA MEMOIRE
DES CITOYENS MORTS
EN 1851
POUR
LA DEFENSE DES LOIS
ET
DE LA REPUBLIQUE


**


COMPRENDRE LE CONTEXTE

Tout réside dans une interprétation de la façon de gouverner la FRANCE.
La Révolution française de 1789 avait aboli la Royauté et mis en place une Assemblée Constituante de 1789 à 1791. Puis une Assemblée Législative la remplaça de 1791 à 1792, puis ce fut la Convention Nationale de 1792 à 1795 et le Directoire de 1795 à 1799. Et enfin le coup d'état de Bonaparte du 18 brumaire 1799 qui mettra en place le Consulat de 1799 à 1804, suivi de l'Empire de 1804 à 1815.

*

La Restauration ramènera la Royauté en FRANCE mais cette fois elle dut composer avec les Chambres et l'influence des partis politiques ( Républicains, Légitimistes et Bonapartistes ).
Cette instabilité durera jusqu'en 1848 et achoppera sur le refus du ministère Guizot, en accord avec le Roi Louis-Philippe, d'accorder l'application du suffrage universel aux Français.
L'opposition organise alors, dans toutes les villes, des réunions et des banquets politiques.
Celui du 22 février 1848 à Paris provoquera la révolution et l'abdication du Roi.
Un gouvernement provisoire adopte alors de grandes mesures :
l'abolition de l'esclavage et de la peine de mort en matière politique,
il décrète le suffrage universel ( tout citoyen majeur a le droit de voter )
et, sous la pression des ouvriers, la création des Ateliers Nationaux.
L'Assemblée Constituante élue le 23 avril 1848 proclame solennellement la République.
La Seconde République est née.
Mais elle supprime aussitôt les Ateliers Nationaux ce qui entrainera l'insurrection
et les Journées de Juin dans PARIS suivies d'une sanglante répression.
Le 12 novembre 1848 une nouvelle Constitution est proclamée.

*

Deux points forts s'en dégagent :
le chef de l'Etat portera le titre de Président de la République
et sera élu pour quatre ans au suffrage universel ;
le pouvoir de faire les lois est donné à une Assemblée Législative
élue aussi au suffrage universel pour trois ans.



 

*

Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu Président de la République.
Mais les Orléanistes et les Légitimistes essaient de renverser la République et un conflit s'élève bientôt entre l'Assemblée Législative, occupée à des intrigues de partis, et Louis-Napoléon.
Celui-ci, qui s'est adroitement ménagé des partisans dans le peuple et dans l'armée, déclare l'Assemblée dissoute et en fait arrêter les représentants le 2 décembre 1851.
C'est le COUP D'ETAT.
Le peuple français consulté par vote, confère à Louis-Napoléon la Présidence pour dix ans.

*

SES CONSEQUENCES A VINON

Tout d'abord, il est bon de connaître l'atmosphère politique à VINON à cette époque.

*
Empruntons à Madame Nicole FAURE quelques éléments de sa monographie :
"Au moment où va se déclencher l'insurrection de décembre 1851, le village compte 1232 habitants dont près d'une centaine vivent dans des fermes isolées.
L'adhésion d'une partie des vinonnais à des idées avançées n'est pas nouvelle.
Le village se réjouit de la proclamation de la République, et de l'adoption de la Constitution.
Le 15 mai 1848, un nouveau conseil municipal avec à sa tête Victor ROUSSENCQ a été élu.
Pour l'élection du Président de la République, le 10 décembre 1848, ceux qui peuvent voter
se rendent à GINASSERVIS pour le faire dans le cadre de la 2ème section du canton :
LEDRU-ROLLIN, 241 - CAVAIGNAC, 136 - BONAPARTE, 5 - CHANGARNIER, 1."
Ces résultats sont un bon indice des convictions politiques dans les deux communes.

**

Occupons-nous maintenant des deux sujets brûlants
qui vont influer sur le cours des événements à VINON :
les "chambrées" et le partage des terres des "iscles"
°
"Comme la plupart des villages voisins, VINON dispose d'un nombre important de débits de boissons. C'est une coutume qui depuis longtemps rassemble les hommes autour d'un verre, pour discuter à certaines heures de la journée. Au delà de l'aspect social, la fréquentation des cafés s'inscrit dans le domaine politique. Aussi ces lieux sont-ils surveillés. Les arrière-salles des cabarets servent parfois de lieu de réunion politique. Ces pièces sont appelées " chambro" ou "chambreto" ce nom va bientôt désigner des réunions semi-secrètes (qui pouvaient d'ailleurs se tenir chez un particulier). Déjà en août 1849, le sieur Marc COLOMBET adjoint au maire, est dénoncé comme un véritable chef politique pour ses idées très avançées et il lui sera ordonné la fermeture de sa "chambreto" par le juge de paix de Rians au motif : "qu'il est dans l'erreur à cause de la lecture de journaux subversifs qui ont été répandus avec profusion avant les dernières élections dans les communes rurales."
°
Il s'en défendra en écrivant au Préfet pour dénoncer ses calomniateurs, qui sont aussi ses adversaires politiques, de vouloir simplement reprendre le pouvoir dans la commune. Car les rivalités politiques sont très vives dans le village, d'autant plus que les deux camps s'opposent
à propos de l'existence d'un droit de propriété de la commune sur certains terrains.
En 1848 la commune, persuadée de ses droits sur les terrains des "Iscles", souhaite en vendre une partie. En effet, seule la vente de terrains peut constituer des recettes suffisantes pour que la commune puisse continuer les travaux d'endiguement du Verdon. Le 15 mai 1848 le conseil municipal décide de partager les biens communaux entre les habitants du village, afin qu'ils soient cultivés. Ce partage s'avère illégal, comme le signale le Préfet en septembre 1848. Mais certains agriculteurs ont commençé à défricher une partie des "iscles" de la Durance. Tandis q'un propriétaire, de BROSSARD, entre en procès avec la commune pour revendiquer ces terres comme appartenant à sa famille depuis 1740. Tous les agriculteurs du village, en particulier les plus pauvres, face à l'attitude de ces propriétaires et de leurs partisans (qui votent pour les candidats modérés) vont adopter les idées du parti adverse, pensant ainsi qu'ils atteindraient plus rapidement leur but (récupérer les biens communaux) si le parti de la Montagne (Républicains) arrivait au pouvoir." De là à penser que beaucoup de vinonnais partant pour Aups le 7 décembre 1851, croiront de bonne foi que c'est un moyen pour eux d'obtenir le rétablissement des droits communaux sur les terrains qui font depuis si longtemps l'objet de litiges, il n'y a qu'un pas.

***

Vendredi 5 décembre 1851 : Les esprits s'échauffent.
"La nouvelle du coup d'état arrive à VINON ce jour-là.
Dans la soirée une cinquantaine de personnes, (prétendument de la société secrète) se réunissent pour décider du déroulement des futurs événements."
Savent-ils déjà que le rassemblement républicain a été dispersé à Toulon ? Sont-ils informés
des prises de pouvoir républicain à DRAGUIGNAN, BRIGNOLES, SAINT-MAXIMIN, SALERNES ?

Samedi 6 décembre 1851 : Prise de pouvoir républicain à LA VERDIERE.
Dans une proclamation affichée dans cette commune, nous lisons :
" Plein de notre droit, fort dans notre conscience de Républicain, nous proclamons
dès ce jour le Président Louis-Napoléon traître à ses serments, et à ses devoirs
et le mettons, lui et son gouvernement, hors la loi.
Citoyens, habitants de la commune de LA VERDIERE, en accomplissant ce devoir
en vertu de la loi qui nous y autorise, nous ne voulons que résister à un pouvoir
imposé et provocateur, et maintenir la tranquilité
que l'élu du 10 décembre (1848)
a voulu compromettre dans sa coupable ambition."
Pour le paysan provençal, la Constitution est une chose sérieuse.
Pas un chiffon de papier que Louis-Napoléon peut jeter dans la corbeille de l'Elysée.


 

Dimanche 7 décembre 1851: Prise de pouvoir républicain à VINON.
"Vers huit heures un premier groupe d'une vingtaine de vinonnais se présentent chez le maire, Victor ROUSSENQ, pour demander les clefs de la mairie. Le maire s'oppose à cette demande ;
les individus se dispersent. Vers dix heures, une bande plus importante s'approche de la mairie.
Cette fois le maire ne peut pas leur résister.
Ils entrent et s'emparent de cinq fusils, d'un tambour, d'un drapeau et de la clef du clocher.
Le tocsin a sonné.
Une réunion va se tenir sur les aires où un insurgé donne lecture d'une lettre de Monsieur CHARLES. Cette lettre ordonne aux habitants de VINON d'aller le rejoindre à LA VERDIERE.
Un poste de garde est établi à la mairie et une soixantaine d'hommes se mettent en route
pour LA VERDIERE sous les ordres de Joseph SIMEON, qui porte le drapeau rouge,
non sans avoir réquisitionné divers articles vestimentaires chez les commerçants du village.
Tous les Vinonnais ne sont pas partis de gaîté de coeur. Certains le feront sous l'effet de menaces ou de promesses (la fameuse récupération des biens communaux). Un bon nombre d'entre eux cependant agit consciemment, avec une volonté farouche
de préserver la République et de mettre les républicains au pouvoir.
Arrivée à LA VERDIERE la colonne reçoit l'ordre de marcher sur DRAGUIGNAN pour y faire une démonstration pacifique. Les vinonnais se rendent jusqu'à BARJOLS où ils passeront la nuit."

Lundi 8 décembre 1851 : Progression de la colonne.
"Les Vinonnais arrivent à SALERNES où ils logeront à l'auberge Ferrat en payant 1 franc chacun."
Là, ils font leur jonction avec la colonne insurectionnelle partie de VIDAUBAN
qui remonte vers le Nord, poursuivie par les militaires du 50ème de ligne,
afin d'établir une jonction avec les Bas-Alpins et regrouper sur Aups les républicains varois.

Mardi 9 décembre 1851 : Départ vers AUPS.
"Les Vinonnais arrivent à AUPS dans la soirée. Joseph SIMEON va accompagner Monsieur CHARLES pour réquisitionner quelques objets utiles à sa troupe chez le quincailler
et le cordonnier : des bas, des blouses, des tricots et trois paires de souliers.
Il promet à ces commerçants que la commune de VINON les paiera ultérieurement."

Mercredi 10 décembre 1851 : L'affrontement.
"La colonne militaire, conduite par le colonel TRAUERS et le préfet PASTOUREAU,
surprend les insurgés qui ne les ont pas vu venir faute de sentinelles, dans AUPS.
Malgré leur nombre et une position favorable à la défense du village, les contingents d'insurgés
dispersés sur le Cours et ses abords sont incapables de manoeuvrer pour faire face à l'attaque surprise et audacieuse des militaires. C'est immédiatement la confusion. Ils se débandent.
Une quarantaine d'insurgés auraient été tués dans l'intérieur de la ville.
Après la déroute, la gendarmerie à cheval en aurait sabré plus d'une trentaine.
Sur les routes autour d'AUPS, la colonne fusilla presque tous les rebelles qu'elle rencontra.
Dans la ville d'AUPS, les troupes firent une quantité énorme de prisonniers :
on les enchaîna deux à deux, par le cou et par les poignets.
Mêlés à la masse des insurgés, les Vinonnais sont aussi sur le Cours. Certains ne sont même pas armés, ou bien ont un fusil mais pas de munitions, tel GRAMBOIS Casimir. Ceux qui ont une arme ne s'en serviront pas. SIMEON est un des premiers à s'enfuir. Il n'est pas interpellé par la troupe et va rester encore deux jours à AUPS. La plupart des Vinonnais rentrent chez eux sur le champ accompagnés de Monsieur CHARLES qui s'enfuira et sera jugé par contumace. Quelques uns seront faits prisonniers sur place, comme FRANCE Jean-Baptiste ou CONTANTIN Bienvenu."

Jeudi 11 décembre 1851 : Fin de l'insurrection dans le Var.
Le Préfet Pastoureau félicite, dans sa proclamation, l'Armée et les bons citoyens du Var.
Fin de l'insurrection et début de la répression.


 

*

LA REPRESSION

Elle va revêtir trois formes :
la premiere consistera à arrêter ceux qui ont participé à la marche,
la seconde sera axée sur la société secrète,
la troisième sera totalement politique.

Ecoutons madame FAURE :
"D'une part, certains vinonnais ont déjà été arrêtés à AUPS par la troupe,
d'autre part certains n'ont fait qu'un bref séjour à VINON au retour d'AUPS
et sont allés se réfugier dans un village voisin, tel RAMBERT Mathias qui va demeurer quelque temps à VALENSOLE, jusqu'à ce que les autorités remettent la main sur lui et l'arrêtent.
Les noms des insurgés sont rapidement connus.
Dès le 9 décembre, le préfet demande au maire de VINON de lui communiquer la liste
des personnes qui se sont absentées de la commune depuis le 5 décembre.
Le 14 décembre Victor ROUSSENQ envoie au préfet une liste de 54 noms.
Il précise qu'à son avis, ces hommes n'avaient aucun projet déterminé.
Il écrit : "Plusieurs n'ont marché que par curiosité et pour faire comme les autres
et un assez grand nombre sans savoir ni pourquoi ni dans quel but.".

Les dénonciations auraient de toute façon permis de faire un inventaire précis des insurgés.
Et dès le 16 décembre, le parquet d'AIX-EN-PROVENCE signale au préfet
que le maire de VINON protège les insurgés et qu'il a favorisé le départ pour AUPS.
Le procureur général conseille au préfet de prendre les mesures qui s'imposent contre ROUSSENQ.
De plus, le 18 décembre, DE BROSSARD (conseiller municipal avant mai 1848) écrit au préfet, accusant ROUSSENQ d'avoir donné volontairement les clés de la mairie aux insurgés et de faire partie de la société secrète de VINON. Il accuse l'adjoint Julien GUIS
d'avoir déchiré les dépêches annonçant le retour de l'ordre dans tout le pays.
Il demande au préfet de nommer une commission municipale provisoire et désigne pour en faire partie CAPON Joachim, ROUX Casimir, GIRAUD Jean-Baptiste (les deux derniers nommés sont les deux seuls membres "conservateurs" du conseil municipal en place).

La colonne militaire, qui passe de village en village, est à VINON le 22 décembre.
Elle ordonne la dissolution du conseil municipal qui est remplaçé par une commission administrative trois membres.

De son côté, le capitaine de gendarmerie BLONDEL, décide tout d'abord d'arrêter 74 personnes, mais ne sachant pas comment faire transférer autant de prisonniers, il ne garde en état d'arrestation que 24 d'entre eux.

A partir de là, la machine administrative va s'attacher à remettre de l'ordre dans la commune.
Début janvier 1852 le préfet nomme une nouvelle commission municipale provisoire qui écarte pour de longues années les républicains des affaires communales. Sont nommés : CAPON Joachim, président, ROUX Casimir, GIRAUD Jean-Baptiste, DE BROSSARD Achille, GIRAUD Joseph.

Le juge de paix, pour sa part, enquête pour connaitre les noms de ceux qui, d'après lui, devraient être poursuivis. Il a connaissance de l'organisation des sociétés secrètes du canton par les déclarations que lui ont faites divers membres de ces sociétés, mais aussi par la rumeur publique qui est porteuse de toutes les calomnies. Le 13 janvier 1852, le juge communique au procureur de la République les noms des responsables de la société secrète de VINON. Il est particulièrement virulent contre Sébastien ROUX qui se trouve encore en liberté. Le 22 janvier 1852, il annonce qu'en vertu de l'autorisation qui lui avait été donnée, il a fait arrêter ceux des insurgés ou membres des sociétés secrètes qui lui paraissent les plus dangereux. En effet, le brigadier IMBERT et un gendarme conduisent à RIANS : ROUX Sébastien, BLANC Gustave, PARDIGON Auguste, SEVERAN Joseph et ARNAUD Joseph. Ils seront ensuite transférés à BRIGNOLES.

Malgré des interventions pour réclamer l'indulgence de la justice
ou pour dénoncer d'autres personnes, les arrestations s'arrêtent là.

*

L'INSTRUCTION

Au début du mois de février 1852, tous ceux qui sont gênants à cause de leurs opinions politiques, sont en prison. Certains vinonnais sont détenus à BRIGNOLES
et d'autres à DRAGUIGNAN, et attendent leur jugement.

Les interrogatoires sont menés par un juge du tribunal de première instance.
Les motifs de l'arrestation sont donnés par la commission militaire de DRAGUIGAN.
Les inculpés se voient tout d'abord reprocher les faits, et l'accusation est du type :
Est allé à AUPS. - Est allé à AUPS armé d'un fusil. - A suivi la colonne des insurgés jusqu'à SALERNES. - Faisait partie du rassemblement qui a pris la mairie le dimanche 7 décembre.
- A réquisitionné certains objets dans des magasins.
Mais l'ordre dans lequel se déroulent les interrogatoires montre bien que ce qui parait essentiel pour le juge est l'appartenance éventuelle à la société secrète de l'accusé
et à son rôle dans l'affiliation d'autres membres.
Les accusations sont ainsi libellées :
- Faisait partie de la société secrète. - Président de société secrète. - A fait plusieurs affiliations. - A assisté à une ou deux affiliations.
Bien sûr, pour beaucoup ces deux types d'accusation se combinent.
S'y rajoutent des éléments vagues et très subjectifs :
- Exalté. - Très exalté. - Très dangereux.
Il ressort de la lecture des interrogatoires que les juges ne s'intéressent guère
aux seuls faits qui pourraient être légalement reprochés aux prévenus et qui sont :
la réquisition de divers articles chez des commerçants et le vol à la mairie de VINON.
Ce sont donc ceux dont les opinions étaient les plus dérangeantes
et qui avaient le plus d'influence qui allaient être sévèrement punis.

*

LES CONDAMNATIONS

La commission départementale qui avait ordre de faire diligence,
va statuer rapidement sur le sort des accusés, au vu des pièces du dossier.
Les cas des trente-huit vinonnais sont traités en un seul jour le 23 février 1852.
Pour vingt-six d'entre eux, voici les condamnations relevées par Madame FAURE :

cinq ans en Algérie
CONSTANTIN Joseph, cultivateur, 25 ans - FABRE Joseph, instituteur, 28 ans -
GRAMBOIS Maximin, cordier, 51 ans - GOUIN Ferdinand, cultivateur, 22 ans -
MAUREL Joseph, cultivateur, 24 ans - MAYEN Marius, cultivateur, 30 ans

trois ans d'exil
GUIS Julien, perruquier, 28 ans

internement
ARNAUD Joseph, cultivateur, 35 ans - FRANCE Julien, cultivateur, 33 ans -
FRANCE Jean-Baptiste, cultivateur, 18 ans - JOUVIN Joseph, cultivateur, 21 ans -
MAURRAS André, cultivateur, 38 ans - MAURRAS Siméon, cultivateur, 22 ans -
PERRACHE Jean-Baptiste, cultivateur, 28 ans

surveillance
BREMOND Joseph, boulanger, 27 ans - BIENVENU Constantin, cultivateur, 26 ans -
BLANC Gustave, cultivateur, 20 ans - COLOMBET Marc, propriétaire, 30 ans -
COULOMB Antoine, voiturier, 36 ans - CHAISE Nicolas, cultivateur, 30 ans -
DAST François, cultivateur, 31 ans - FERRAUD Honoré, berger, 33 ans -
GRAMBOIS Casimir, cordier, 33 ans - GRAMBOIS André, cultivateur, 40 ans -
GAUTIER Joseph, cultivateur, 50 ans - NEVIER Paul, cultivateur, 36 ans -

De son côté, Noël BLACHE, à la page 157 de son livre "l'insurrection du Var de 1851"
n'en cite que dix-huit mais y ajoute les noms suivants :
ARNAUD Michel, cultivateur, déporté à CAYENNE - BON Antoine - PARDIGON Auguste, cultivateur - PELLAS Jules, cordonnier - PELLAS, cultivateur - SEVERAN Joseph, cultivateur -
SIMEON Joseph, propriétaire.

Ce qui nous amène à trente-trois noms sur les trente-huit annoncés.

Dans son mémoire, Madame FAURE, évoque un peu plus loin les cas de ROUX Sébastien, transporté, qui va choisir de rester en Algérie et de SIBON Martin, interné à DRAGUIGNAN.

Ce qui fait trente-cinq noms et il n'en reste que trois qui ne sont cités nulle part.

*

EPILOGUE

Les mesures de grâce commencent à se manifester dès avril 1852 avec la mission de Quentin BAUCHARD dans le Var, qui commue la presque totalité des peines d'internement. D'autres grâces suivirent en septembre au cours de la visite présidentielle, puis lors du rétablissement de l'Empire.
Dans l'ensemble, une surveillance, attestée par la correspondance entre juge de paix, sous-préfet et préfet a continué à s'exercer sur tous ceux qui à un moment donné, avaient manifesté des idées qui ne convenaient pas au pouvoir impérial.

*

POST SCRIPTUM

Rétrospectivement, si les insurgés de VINON avaient eu connaissance
de l'ordre du jour en date du 9 décembre adressé par le Ministre de la Guerre
à MM. les Généraux commandants les divisions militaires :

"Toute insurrection a cessé dans Paris par une répression vigoureuse.
La même énergie aura les mêmes effets partout.
Des bandes qui apportent le pillage, le viol et l'assassinat, se trouvent hors les lois.
Avec elles, on ne parlemente pas,
on ne fait pas de sommation ; on les attaque ; on les disperse !
Tout ce qui résiste doit être fusillé au nom de la société en légitime défense."



auraient-ils quitté VINON ?

Le préfet PASTOUREAU, lui, a obéi aux ordres.

Et,

puisque nous avons commencé par Martin BIDOURE,
c'est par lui que nous achèverons cet exposé.
Sa fin dramatique est ancrée dans la mémoire populaire
comme la marque de " l'héroïsme républicain ".
Un hymne à sa mémoire, orchestré sur l'air du Chant du Départ, a été composé fin XIXè siècle.
En voici une version, recomposée en 1999

Refrain
La République vous honore
Ô Martyrs de la Liberté
Votre sang, pour nous, fait éclore
Les fleurs de la Fraternité !


Couplet
Ecoutez ces clameurs ; est-ce un gueux qu'on arrête ?
Mais non - c'est un Républicain.
Le héros du devoir grandi par la défaite
Pour la mort n'a que du dédain.
Au supplice on conduit cet homme
Mais son nom : Martin Bidouré
En s'éteignant au Jeu de Paume
S'envole à l'immortalité !

Aujourd'hui la Patrie a vengé cette insulte ;
BIDOURE brille en lettres d'or
Au livre de nos droits se conserve le culte
S'il fallait les défendre encore
Comme Martin avec vaillance
Au feu nous irions sans faiblir
Poussant le cri : Vive la France !
Les Provençaux savent mourir.

Nous serons toujours fiers au pays des cigales
D'être issus de pareils aïeux
Quand nous ne serons plus, ô jeunes provençales
Enfantez des braves comme eux
Elevez-les dans la Justice
Et l'Amour de l'Humanité
Afin qu'au jour du sacrifice
Nos fils imitent BIDOURE !


***

Plus près de VINON, sur la place principale de BARJOLS,
le souvenir de Martin Bidouré est inscrit dans la pierre
d'un remarquable monument oeuvre du sculpteur REGUIBERT
érigé en 1906


 

même si une plaque, récemment posée, le défigure quelque peu

mais ce qui est gravé confirme bien


 

qu'il n'est là que pour le souvenir de cette insurrection


 


et c'est par cette image symbolique que nous terminerons cette évocation.

***
*
Mémoire Madame Nicole FAURE
L'insurrection du Var de 1851 - Noël BLACHE
Musique printemps 2001 - Pierre MERIC
Photo ALS