NAISSANCE DE L'AERODROME

1936 - 1939

 


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Les informations sur cette période étant peu ou pas disponibles,
nous allons commencer par afficher celles en notre possession,
en nous attachant seulement à respecter la chronologie des faits.
Ce n'est qu'ultérieurement que nous réaménagerons la monographie



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1936

Extrait de la lettre adressée le 27 juillet 1936
par le Lieutenant-Colonel DOUSSAUD, chef du Génie
(15ème région militaire – Génie – Direction de Marseille – Chefferie de Marseille )
à Monsieur CHEILAN, agriculteur, Maire de Vinon :

Par une dépêche récente le Ministère de l’Air me fait connaître qu’il y a lieu d’envisager
l’utilisation d’une partie des terrains des lieux-dits
La Pellonnière – Notre Dame – La Pierre Verte – de la commune de VINON,
par l’Aviation Militaire.

Cette utilisation, si elle est décidée, aurait lieu pendant la durée des manœuvres aériennes
qui se dérouleront du 5 au 11 septembre 1936 dans la région du Sud-Est.

En vue de permettre au Ministre de prendre toute décision
appropriée aux circonstances permettant cette utilisation
il m’a été prescrit de lui rendre compte des conditions dans lesquelles :

1./ Les terrains susvisés se prêteraient, avec ou sans aménagement,
à une utilisation par l’aviation.

2./ Les propriétaires des terrains à utiliser consentiraient à ce que l’Aviation
prenne temporairement possession des dits terrains.
(du 1er au 15 septembre en principe)

Pour me permettre de fournir d’urgence au Ministre tous renseignements au sujet de cette question, j’ai chargé le Chef de Bataillon DIDIER de la Chefferie du Génie
de faire une reconnaissance des terrains.

Cet officier supérieur me rend compte de ce qu’à la date du 22 juillet 1936
il a effectué avec vous une reconnaissance dont les conclusions sont exposées ci-après :

I./ Emprise du terrain d’atterrissage par l’aviation :

En s’attachant à réduire au minimum les prévisions d’enlèvement des arbres dont sont complantées très irrégulièrement certaines parcelles et en éliminant, d’autre part, les parcelles complantées en vignes à rendement effectif, il paraît possible d’envisager l’utilisation de la partie du terrain comprise dans le polygone tracé crayon rouge sur l’extrait du plan cadastral ci-joint.



 

II./ Travaux d’aménagement à réaliser par le Génie :

1./ Comblement des ornières et nivellement des parties saillantes des six chemins de terre,
tous communaux apparemment, marqués en bleu sur le plan joint.

2./ Enlèvement et transport, en bordure de la Durance en principe
et sur le chemin La Clape-La Désirade,
de toutes les grosses pierres de 12 à 15 cm de largeur et plus,
existant sur les axes principaux ou éparses irrégulièrement et sur un nombre limité de parcelles.

3./ Fauchage et incinération sur place en principe, des herbes hautes existantes
sur une surface de 2 à 3 hectares.
(ronces - sanfoin abandonné « panicots » etc..)

4./ Arrachage et dessouchage des arbres, arbustes, genévriers, troncs etc…, épars irrégulièrement sur le terrain et dont le nombre total ne semble pas excéder trente pieds.
Les bois provenant de ces arrachages (en particulier des amandiers et poiriers sauvages)
seraient laissés à la disposition de leurs propriétaires.

5./ Arrachage d’un certain nombre de pieds de vignes abandonnées
et situées dans la partie sud du terrain (une centaine environ).
Incinération sur place en principe des bois et souches arrachés.

6./ Menus travaux d’arasage de levées de terre, ornières etc..
existant en quantités très limitées principalement à la partie sud du terrain.

7./ Amélioration de la circulation automobile aux endroits A-B-C-D-E-F de la route communale
de la Suble - La Clape à la Désirade (élargissement des virages en D-E et F)–
Mise en place de pierres –
Epandage de sable pris dans les terres en bordure immédiate –
Enfin cylindrage à 5 tonnes ou 7 tonnes et, au besoin à 10-12 tonnes des parties rechargées.
(La ville de MANOSQUE possède un rouleau de 5-7 tonnes
et M. PAGLIANO, entrepreneur à MANOSQUE, un rouleau Lafly de 10-12 tonnes).

III./ Prise de possession du terrain :

La prise de possession du terrain ne sera réalisée le cas échéant
qu’autant que les propriétaires auront consenti :

1./ A ce que l’Aviation puisse y atterrir du 1er au 15 septembre 1936
sans protestation ni contestation.

2./ A ce que le Service du Génie puisse effectuer les travaux d’aménagement énumérés ci-avant.
(à partir du 1er septembre au plus tard)

3./ A ne pas exécuter sur leurs terrains, du 1er au 15 septembre en principe, des travaux agricoles de toutes natures (en particulier travaux de labour). Ils devront également s’engager à ne pas pénétrer sur leurs terrains aux heures qui leurs seront fixées par l’aviation et à avoir enlevé les cultures éventuellement existantes de leurs terrains
(enlèvement avant le 1er septembre ).

Pour le cas où les propriétaires estimeraient que l’enlèvement des arbres,
dont sont complantées certaines parties du terrain,
ainsi que la privation de jouissance que constituera l’utilisation de leurs terrains par l’aviation,
justifient un droit pour eux à indemnité,
il leur appartiendrait de le faire savoir à mon service.

Je crois devoir vous faire connaître à ce sujet et à toutes fins utiles
que des prétentions excessives à indemnités
pourraient être de nature à faire abandonner par le Ministre
le projet d’utilisation par l’Aviation des terrains susvisés.

Comme conséquence de ce qui précède le Service du Génie sera amené à faire souscrire
par les propriétaires une autorisation d’utiliser leurs terrains dans les conditions sus-indiquées.
Or, l’examen des plans et états parcellaires révèle que le nombre de ces propriétaires est très élevé ( 90 à 100 ) et qu’il sera difficile, pour ne pas dire impossible, à mon service d’aboutir dans le laps de temps très court dont je dispose d’ici le 1er septembre 1936.

C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien pressentir vous-même directement
ceux de vos administrés intéressés dans cette question
pour les amener à consentir l’autorisation qui m’est nécessaire.

Cette autorisation pourrait être établie sous la forme ci-jointe et englober tous les propriétaires d’un même groupe de parcelles lesquels devraient signer la soumission
(quatre ou cinq autorisations collectives, groupant au total les 90 à 100 propriétaires me paraissent pouvoir englober toutes les parcelles),
ces soumissions seraient établies en deux expéditions chacune au moins.

Vous m’obligeriez en me faisant connaître d’urgence votre réponse au sujet de la suite qu’il vous est possible donner à cette question et en me faisant parvenir, en cas d’acceptation de votre concours, les autorisations susvisées (avant le 10 août si possible).

Dès que vous m’aurez fait parvenir votre réponse, je vous adresserai un extrait de l’état parcellaire des terrains à utiliser.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’assurance de ma considération distinguée.

P. le Chef du Génie en perm.
Le Chef de Bon. DIDIER, chargé
de l’exp. des affaires



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A la lecture de cette première lettre, il apparaît que l'intention première de l'administration militaire était seulement l'utilisation temporaire pour quinze jours d'un terrain agricole,
au prix de quelques aménagements sommaires.
A l'étude elle découvre la présence d'une centaine de propriétaires sur ces quelques hectares, ce qui est inhabituel.
Nous allons maintenant tenter d'en expliquer la raison
car c'est une particularité de l'histoire de VINON.


***

Parcourons maintenant le livre " Révolution et vie à Vinon de 1789 à 1800 "
aux pages 50-57-59 :

Ainsi pendant toute la Révolution, la Pélonière a-t-elle joué le rôle de Terre Promise
capable de solutionner le problème des paysans sans terre,
alors que chaque essai de partage, même égalitaire, a échoué.
Est-ce aussi parce que son statut de terre d’abord seigneuriale, ensuite communale
n’a jamais permis qu’elle soit exploitée correctement, tour à tour épuisée et négligée ?
La Pélonière, longtemps restée dans la conscience des vinonnais
comme la « terre des pauvres », était surtout une pauvre terre.
Pourtant ce rêve, toujours prêt à renaître, a longtemps nourri espoir et frustration.

1791 -1792

Ce regard porté sur la répartition de la propriété des terres à Vinon permet de comprendre l’explosion sociale au début de cette année 1792.
On peut penser qu’à Vinon, comme en d’autres lieux où se diffusait la doctrine égalitaire de Gracchus Babeuf, il y eut des discussions, des velléités mais ici tout se limita à demander la répartition à parts égales de quelques terres à la Pélonière.
En 1792, ni depuis ce temps, la réforme agraire n’a pu trouver sa place.
Chacun voulait retrouver le Paradis perdu
mais, personne ne parvenait ni à l’organiser ni à la cultiver.
Pourtant ces terres sont loin du village et du hameau,
là où se trouve actuellement l’aérodrome et les terres situées plus au nord ;
elles n’étaient pas arrosables, caillouteuses et si peu fertiles
que l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem en 1338
les cultivait tous les quatre ans pour certaines parties.
Le Commandeur les louait à quelques cultivateurs
qui alternativement les labouraient et les mettaient en pâturage.
Rien de tel pour susciter l’envie de ceux qui manquaient en permanence
de terre labourable pour survivre.
Aussi quand l’autorité du Commandeur s’est écroulée, dès 1789, ce fut la foire d’empoigne.
La Pélonière était désormais bien communal mais la répartition
qui en était faite avantageait de façon scandaleuse les plus gros propriétaires.
Alors en février 1791, on découpa 165 lots tirés au sort,
mais certains (des attributaires) ne les cultivaient pas :
comment celui qui n’a pas de mulet et qui doit des journées à son maître
peut-il faire pour aller cultiver un maigre bout de terre à 3 km de chez lui ?
Et celui qui a de bonnes terres ne va peut-être pas passer du temps à la Pélonière.

Trois mois plus tard, on recommença la distribution de ce qui n’avait pas été cultivé ;
cela se passait le 1er mai 1791,
vraiment la dernière limite pour travailler et ensemencer ces terres sèches.

La revendication de 1792

Ce fut une assemblée de prolétaires, cultivateurs de peu de terres
(seuls quatre ou cinq avaient un revenu imposable qui dépasse cent livres )
ou journaliers sans terre et, seul un non-paysan parmi eux ;
elle se tint le 28 janvier 1792.
Tous se disaient citoyens « actifs » de Vinon,
c’est à dire ayant droit de vote car propriétaires, ce que l’administration contesta,
estimant que cette démarche n’était pas représentative car elle émanait,
pour une part, de citoyens « inactifs ».
Inactifs pour voter car n’ayant pas assez de biens
mais en fait c’était ceux qui travaillaient le plus dur pour gagner le moins !
Toujours est-il que la réunion fut largement prise en considération.
On devine dans le texte de nombreuses colères trop longtemps retenues.
Pour les 148 pétitionnaires, abolir l’Ancien Régime,
c’était aussi extirper les injustices qui profitaient aux notables du Tiers Etat.
Leur requête était vigoureuse :
« considérant que le pauvre gémit encore des suites funestes
de l’ancien despotisme des riches de cette commune….. »
« considérant que les biens communaux, tant au quartier de la Pélonière
qu’au lieu des jardins sous le village jusqu' à la partie de Cadarache,
doivent être naturellement partagés par égales portions entre tous les particuliers
indistinctement et sans distinction ;
que cependant la division qui en a été faite est de toute inégalité
et même de toute injustice,
puisque les uns ont tout et les autres absolument rien,
ce qui met ces derniers dans la nécessité d’aller mendier leur pain
tandis que les autres s’engraissent à leurs dépens… »
Les pétitionnaires cy devant s’adressent avec confiance à monsieur le Maire
et officiers municipaux pour les prier de prendre en considération leurs justes demandes. »


Le maire sollicita et obtint de réunir une assemblée générale régulière
qui eut lieu le 12 février 1792.
Il y eu quatre-vingt-quinze votants et on procéda article par article.
Toutes les réclamations furent largement approuvées.
90 voix pour la Pélonière…
Le 9 avril, le directoire du département approuva ces décisions.
Pour la Pélonière on mit deux citoyens actifs sur chaque lot,
sans doute pour imposer une entente entre cultivateurs
sur des terres assez maigres et éloignées de l’agglomération.

1793 - 1794

En novembre 1793, nouveau constat
que de nombreuses parcelles de ce territoire ne sont pas cultivées.
Début 1794, le 30 pluviôse, le maire Maurely
qui voulait distribuer la Pélonière « suivant l’ancien usage »,
c’est-à-dire au plus diligent
( en fait celui qui est estimé le mieux équipé pour l’exploiter),
se trouve devant la demande des gens, transmise par le Société Populaire, qui veulent ces terres
« suivant le dernier usage qui fixe le mode de distribution des communaux,
c’est-à-dire en propriété ».
Il demanda l’avis du district de Barjols, qui ne semble pas être parvenu.

Et ensuite...

La Pélonière restera ainsi bien communal pendant et après la Révolution
jusqu’au milieu du 19 ème siècle ( 1853).
La solution alors trouvée sera la mise en vente partielle de cette terre
désormais arrosable suite à la construction d’un canal sinuant au pied de la forêt,
alimenté au Verdon depuis l’amont de Gréoux jusqu’à la Durance à Pontoise.
La municipalité informait alors que le prix de la vente
permettrait de renforcer les digues du Verdon
facilitant la mise en culture de terres plus riches et plus proches des rives.

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Revenons en 1936
 

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