Jean SPRUYTTE
l'homme du Tassili

 



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C'est à l'orée des années 60 que Jean SPRUYTTE,
accompagné de son épouse et de ses quatre enfants,
a posé son sac à VINON.
Dans le quartier de la Suble, encore très agricole à cette époque,
il bâtira un ensemble qui deviendra le socle de sa nouvelle vie sédentaire :
une maison familiale, un centre hippique et un lieu plus convivial qui prendra le nom de
"l'éperon d'argent".

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Le 20 juin 2007, dans la plus grande discrétion, il a pris pour toujours le chemin des étoiles.

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Les trois lignes qui suivent, que nous avons empruntées à l'ouvrage
paru aux éditions de la Maison des Sciences de l'Homme à Paris,
résument les diverses facettes de cette vie d'homme :

"Cavalier et méhariste dans l'armée,
maître d'attelage diplômé de la Fédération équestre française dans le civil,
bricoleur exceptionnellement doué dans ses loisirs,
Jean SPRUYTTE est l'homme de plusieurs vies".


Elles sont toutes exemplaires
et nous allons tenter de nous y promener pour les faire découvrir aux Vinonnais.


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Le Méhariste

Dans le cadre de l'Armée Française, il fut un authentique saharien
et ce pendant onze ans du 16 novembre 1940 au 16 novembre 1952.

Toutefois, son premier engagement volontaire pour trois ans dans l'Armée,
- en date du 16 novembre 1937 -
le verra affecté au 3ème Régiment de Spahis Algériens
en garnison à BATNA dans le sud Constantinois.
C'est principalement à cheval qu'il va découvrir une bonne partie du Maghreb
en limite des premières étendues désertiques.

Acceptant de perdre son grade, il s'engagera pour deux ans
dans la Compagnie Méhariste du Hoggar basée à DJANET (Algérie)
comme simple soldat de 1ère classe.
Même si des engins mécaniques commencent à équiper partiellement ces unités,
il touche au but : il est méhariste.

C'est avec son unité qu'il prendra une part active dans l'action contre la ville de GHAT (Libye)
le 20 janvier 1943 entraînant la reddition des forces italiennes
et libérant ainsi le passage à la colonne Leclerc arrivant du sud deux jours plus tard.

Le 16 novembre 1943 le maréchal des logis SPRUYTTE souscrit un nouvel engagement
dans la Compagnie Méhariste du Tassili, en cours de constitution, basée à Fort Polignac.
- il y restera jusqu'à son admission à la retraite le 16 novembre 1952 avec le grade d'adjudant -.

L'important n'est pas ici d'énumérer les divers postes qu'il a occupés, mais bien de considérer que de part et d'autre du Tropique du Cancer, de la Mauritanie au Fezzan, au hasard de ses affectations, il a parcouru ces grands espaces en couvrant (nous le pensons) ses carnets de route de croquis et observations qui sont allés grandissants avec ce monde disparu qu'il découvre et qui vont devenir le ferment de son intérêt pour ces contrées.

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Le maître d'attelage

Héritage de sa formation dans l'armée ou amour inné du cheval, cela conduira Jean SPRUYTTE,
dans le civil, au centre équestre de l'éperon d'argent qu'il bâtira et exploitera professionnellement pendant de longues années.
La quadrature du cercle pour lui sera
de s'adapter aux règles d'une nouvelle vie en société qu'il découvre,
de gérer le facteur temps lié à l'indispensable mode de vie de ses écuries,
de transmettre son savoir à d'autres
- avec la patience que requiert le contact avec les jeunes générations -
de ménager ou se ménager un espace privé, propre à ses études.
- ceux qui l'ont connu à cette époque-là apprécieront -

Son expérience et sa qualification seront reconnues
par le brevet d'état que lui décernera la Fédération équestre française en 1964.

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L'érudit

Ce mot s'applique à un domaine de connaissances qu'il complètera
- contrairement à d'autres -
par des applications pratiques issues de son exceptionnel talent
pour concevoir et confectionner les outils destinés à démontrer la justesse de ses théories.

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Controverse & Contribution

De 1956 à 1996, la production d'ouvrages, mémoires, publications de Jean SPRUYTTE,
quoique presque tous axés sur le cheval et sa conduite, s'imbriquent de telle façon
qu'il est pas aisé de les classer autrement que chronologiquement.
Toutefois, les listes en notre possession n'étant pas exhaustives, nous avons préféré la présentation, par lieux d'édition, qui suit :

Bulletin de Liaison Saharienne :
1956 - Notes sur des monuments funéraires préislamiques du Nord Khat Atoui (Mauritanie)
bulletin VII 24/12/1956 p. 145-155 en association avec L. Vincent -Cuaz.
1957 - Notes sur des monuments funéraires préislamiques et des dessins par percussion dans les régions de Staïlet, Yali et Khniffissat (ouest mauritanien)
bulletin VIII 27/09/1957 p. 159 - 166.
1957 - Le point d'eau douce pemanent de l'île d'Arguin
bulletin VIII 27/09/1957 p 191-200;
1957 - Notes sur des monuments funéraires préislamiques de l'ouest mauritanien (environs de Port-Etienne,presquîle du Cap Blanc, nord de la Baie du Lévrier).
bulletin VIII 28/12/1957 p. 231 - 244

Bulletin de la Société Royale d'Anthropologie et de Préhistoire - Bruxelles :
1966 - Les chars et les chevaux de Tamajert. Contribution à l'étude des peintures rupestres du Tassili-n-Ajjer
p. 73-78

Crépin-Leblond :
1966 - Expérimentation d'un mors antique Plaisirs équestres 29, p 370-371
1966 - Le cheval de l'Afrique ancienne. Contribution à la recherche des origines du cheval Barbe Plaisirs équestres 28, juillet-août 1966, p 320-324
1967 - Un essai d'attelage préhistorique Plaisirs équestres 34, juillet 1967, p 279-281
1967 - Les poneys de l'Antiquité Plaisirs équestres 36, novembre-décembre 1967, p 481-485
1973 - La bride dans l'équitation de La Guérinière Plaisirs équestres n° spécial, 1973, p 36-43
1977 - Etudes expérimentales sur l'attelage 143 pages
1978 - Le quadrige de course Plaisirs équestres 102, novembre-décembre 1978, p 418-424
1983 - La conduite du cheval chez l'archer assyrien Plaisirs équestres 129, mai-juin 1983, p 66-71

Le Saharien :
1968 - Le cheval de l'Afrique ancienne Le Saharien 48, 1er trimestre 1968, p 32-42
19?? - Il y a cent ans le lac Menkhour de la mission Flatters Le Saharien 78, p 21
19?? - Au Tassili des Ajjer il y a quarante ans - un captage de source breveté Jean Spruytte avec matériel made in Germany Le Saharien 119, p 22-24
1996 - Compagnie méhariste du Hoggar, compagnie du Tassili, témoignage d'un ancien Le Saharien 138, 3ème trimestre 1996, p 26-29
1997 - Petite note sur Fort-Gardel Le Saharien 140, p 20-22

Institutum Canarium und der GISAF, Hallein, Autriche:
1978-1979 - Le véhicule à un essieu à brancards ou à deux timons dans l'Antiquité Almogaren IX-X, 1978-1979, p 53-76

Laboratoire d'Anthropologie et de Préhistoire et d'Ethnologie des Pays de la Méditerranée Occidentale (LAPMO)Université d'Aix-en-Provence :
1982 - Etude technique et expérimentale de deux modèles de véhicules antiques figurés dans les rupestres sahariens Colloque sur les chars préhistoriques du Sahara 21-22 mars 1982 à Sénanque. Exposé de séance.
1982 - Démonstrations expérimentales de biges d'après quelques oeuvres rupestres sahariennes Acte du Colloque
1982 - Les chars préhistoriques du Sahara. Archéologie et techniques d'attelages Acte du Colloque LAPMO, p 163-172
1988 - Recherches sur l'origine du fait équestre en Afrique du Nord LAPMO, p 109-119
1989 - Le char antique du Musée archéologique de Florence LAPMO p 109-119
1993 - Le trige de guerre assyrien au Xème siècle avant J-C. LAPMO - CNRS 2, p 193-200

Antiquités africaines:
1986 - Figurations sahariennes de chars à chevaux Antiquités africaines 22, 1986, p 29-55
19?? - Le cheval et le char de l'Egypte ancienne Antiquités africaines, p 171-176

Techniques et cultures
1986 - L'équitation africaine dans l'Antiquité bulletin 8, 1986, p 199-212

Revue Occ. musulman et Méditerranée - Aix-en-Provence:
1987 - Le transport des outres d'eau en région désertique bulletin 45, 1987, p 127-132

Revue d'Assyriologie :
1994 - Etude technologique. La roue de char royal assyrien bulletin 1, 1994, p 37-48

Encyclopédie berbère:
19?? - Attelage préhistorique au Sahara Cahier 29

Editions de la Maison des sciences de l'homme - Paris :
1996 - Attelages antiques libyens. Archéologie saharienne expérimentale 1996 - 147 pages

Notes et documents complémentaires
vers 1996 - Peintures rupestres sahariennes notes complémentaires concernant les attelages du Tamadjert principalement, article ronéoté
après 1982 - quelques notes sur "les chars rupestres sahariens" de H. Lhote notes ronéotées

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Prélevés dans l'abondante production qui précède, nous n'illustrerons que les deux livres dont il est l'auteur :





qui sont la quintessence de ses travaux.

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Pour conclure,
si Jean SPRUYTTE avait les pieds à Vinon pendant toutes ces années,
il a gardé la tête dans ce Tassili n'Ajjer qu'il décrit si parfaitement dans l'introduction de son dernier ouvrage :

" Situé au Sahara central algérien entre les 24ème et 27ème degrés de latitude nord,
le Tassili n'Ajjer se présente comme une barrière montagneuse se développant approximativement d'ouest en est entre les 5ème et 11ème degrés de longitude est.
Ce massif montagneux recèle de très nombreuses peintures et gravures rupestres dispersées dans ses différentes parties, dont certaines restent certainement encore à découvrir.
Ces figurations s'échelonnent dans le temps, les plus anciennes remontant à la préhistoire, et sont étudiées depuis une cinquantaine d'années par l'ensemble de la recherche scientifique saharienne, toutes disciplines confondues.
Parmi les populations qui, au cours des âges, se sont représentées elles-mêmes dans les peintures du Tassili, une ethnie ... principalement à Tamadjert ... a laissé par ses peintures rupestres, le témoignage de techniques particulièrement énigmatiques..."


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Ouvrons maintenant le tiroir aux souvenirs

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Un ami raconte les motivations de l'adolescent :
A ma question sur ses motivations à s'engager dans les régiments de Spahis,
Jean SPRUYTTE m'avait fait un jour cette réponse :
Il disait n'avoir pas été très heureux dans sa jeunesse
et ne rêver que d'aventures vers des terres lointaines.

Il lisait beaucoup de romans d'aventure et notamment ceux de Joseph PEYRE :
"l'escadron blanc", " le chef à l'étoile d'argent", "sous l'étendard vert", "croix du sud" ...

" Ces récits héroïques ont forgé un idéal chez tous ceux qui se sont retrouvés dans les compagnies méharistes".

Vers l'âge de seize ans il s'est rendu au bureau de la gendarmerie pour s'engager dans l'armée d'Afrique. On lui a répondu qu'il était trop jeune et qu'il fallait avoir dix-huit ans ...
le jour de ses dix-huit ans il était de nouveau dans le bureau pour signer un engagement
dans les régiments de spahis et partir vers l'Afrique.
Cette anecdote symbolique atteste de sa détermination au départ.

Il semble qu'il n'avait pas choisi l'armée pour elle-même mais, par ce moyen,
l'opportunité de vivre une vie d'aventures dans des terres lointaines et immenses.

Pendant ses classes, il reçut tous les enseignements militaires d'un régiment de cavalerie, notamment l'apprentissage de l'équitation et les savoirs d'un "homme de cheval".
Peu avant la guerre 39-40, lorsque l'Italie revendique la Tunisie, il participe aux grandes manoeuvres des régiments de cavalerie à travers la Tunisie.

"C'était surtout des campagnes pour montrer la présence de l'armée française,
j'ai ainsi visité une bonne partie de ce pays".


Puis il fut affecté aux compagnies méharistes.
Ces éléments de l'armée avaient pour mission d'assurer la présence et l'autorité de la France dans les contrées sahariennes. Les compagnies méharistes étaient réparties dans le Sahara avec pour moyens de communications une radio et pour moyens de transport des dromadaires, seuls capables de se déplacer dans ces étendues difficiles et immenses.
Un ou deux sous-officiers commandaient un groupe de militaires indigènes,
- nomades touaregs ou shambas qui s'étaient engagés dans l'armée française-.
Jean SPRUYTTE a ainsi vécu avec les populations locales,
apprenant leur langue, leurs coutumes et leurs valeurs pendant onze années.

Il y a découvert les réalités de la vie nomade et les règles de survie au plus profond de l'immensité désertique saharienne, avant l'invasion des véhicules motorisés.
Le dénuement et les conditions de vie dans les immensités sahariennes lui ont certainement apporté cette différence que les vrais sahariens semblent posséder en commun.


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Un autre ami nous plonge dans l'univers multidirectionnel du chercheur/érudit :
son témoignage est tellement dense et technique
que nous avons choisi de le faire figurer en fin de monographie.
En effet il n'est pas possible d'en couper certains paragraphes pour l'alléger
sans prendre le risque de le dénaturer.
De plus, l'internaute non averti pourrait y perdre son latin...

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Honneurs et distinctions

L'armée française distingue ceux qui l'ont bien servie et ce fut le cas :

il sera décoré des

Médaille coloniale avec agrafe "Fezzan-Tripolitaine"
Médaille commémorative 39-45
Médaille militaire

et fait

Chevalier de l'Etoile Noire du Bénin

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L'album familial de photos que nous entrouvrons libère quelques clichés significatifs :



le brigadier SPRUYTTE chef de poste à Fort Gardel en 1941-1942

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l'adjudant SPRUYTTE, chef du 2ème peloton de la Cie Méhariste du Tassili en mai 1948

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EPILOGUE



Jean SPRUYTTE est reparti là où tout avait commençé pour lui...
ses cendres se sont envolées dans le vent du Tassili...
le mardi 11 mars 2008...

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Et maintenant ...

voici le regard d'un spécialiste sur les travaux de Jean SPRUYTTE

Richard WOLFF témoigne :

"Jean SPRUYTTE parce que ...
Au cours de mes activités professionnelles dans la région d'Agadir,
- dans les années 1972-1976 -
j'occupais "utilement" mes loisirs dans la recherche de sites d'art rupestre dans la région.
Le haut oued Noun, à l'est de Bou Izakarn, la zone d'Igherm au sud-est de Tafraout,
le collecteur de l'oued Tamanart à Timkyet, m'offrirent de suite de nombreuses gravures piquetées de bovins et surtout une multitude de chars en tous genres.
Devant cette abondance, un ami commun me mit en relation
avec un professeur d'histoire-géographie de Marrakech, André SIMONEAU,
- passionné d'art rupestre -
avec lequel nous parcourûmes le cours du Tamanart
où le phénomène de la multiplicité des gravures de chars, ne fit que s'amplifier.
Depuis la concentration du site bien connu de Taouz, au sud-est du Maroc,
jusqu'à l'ensemble qui apparaissait maintenant symétriquement au sud-ouest,
ce thème,
s'ajoutant aux exemplaires du Haut-Atlas, était devenu d'un intérêt majeur
dans l'étude de l'art rupestre de ce pays.


photo Dominique Vallée

Grâce au professeur Gabriel CAMPS, nous connûmes les travaux déjà bien entamés (1966)
de Jean SPRUYTTE qui écrivait sa fameuse série d'articles dans "Plaisirs équestres".
De notre côté, nous nous assignions de relever, d'identifier et de sérier
les divers types de ces véhicules : nombre de timons, forme et implantation de la plate forme sur l'essieu, types de roue et surtout de rayons, formes des jougs, les mystérieuses boucles pendant derrière la plate forme et enfin l'irritante question des animaux d'attelage.
Jean SPRUYTTE examinait dans ses articles absolument tout,
sous l'angle de la réalité historique de tel ou tel char, de ses origines, de ses composants,
le type de cheval attelé (race, taille ...), les genres de traits, la position du cocher, etc...
Un travail à la fois énorme et minutieux s'engageait.
Je me souviens qu'à l'époque, faisant part à SIMONEAU de mes quelques trouvailles
et de l'intérêt de creuser la question, celui-ci m'avait répondu
"si tu veux attaquer la question des chars, (sache que) c'est un dossier énorme !"

De retour en France, SIMONEAU et moi allâmes visiter Jean SPRUYTTE.
C'était l'époque où ce dernier possédait un manège et un restaurant
à l'aérodrome vélivole de Vinon-sur-Verdon.
Je garde de cette première visite quelques souvenirs :

- comme tous les chercheurs possédant parfaitement son sujet,
il n'admettait la contradiction que sur des points précis ;

- il avait déjà monté plusieurs maquettes,
notamment des chars au "galop volant"



qu'il avait longuement examinés à Tamadjert (Tassili n'Ajjer),
où personnellement je vois l'origine du "virus" de cette recherche particulière
qui l'a frappé pour le plus grand bonheur de nos chères études et de la Science d'ailleurs ;

- en plus de ses talents de chercheur, c'était donc aussi un sculpteur habile sur bois ;

- il avait aussi réussi une chose qui était encore possible à l'époque
et pratiquement irréalisable maintenant :
intéresser le (ou plutôt la) spécialiste dans le sujet qui l'occupait.
Il s'était en effet rapproché de Mme Mary AIKEB LITTAUER,
par laquelle il avait pu avoir des photos capitales sur différents chars
et l'accès à divers documents déposés dans des musées, américains en particulier ;

- mieux encore, il était en relation étroite avec le professeur FRECHKOPF,
autorité sans égale sur les attelages ;

- il comptait aussi réaliser un véhicule en vraie grandeur, avec des végétaux et des outils en pierre, de nature pensions-nous à valider l'idée de rusticité de fabrication
de "nos" chars rupestres marocains ;

- il était donc intéressé par la mesure de l'écart entre roues, qu'il relevait dans les rails creusés dans certaines voies antiques empierrées, et surtout, en vrai "homme de cheval",
sur la taille du tractionneur ;

- conséquemment, il y avait deux choses qui pour lui étaient des énormités :
¤ atteler d'autres animaux que des équidés, bien qu'à l'évidence dans nos chars rupestres,
de rares représentations tendaient à mettre en jeu le boeuf ;
¤ dans le cas du cheval, donc, les représentations, égyptiennes notamment,
du collier de traction serré haut sur le cou conprimant les artères de la bête.

D'autres sujets déboulaient au milieu de ses exposés.
Par exemple, l'origine du char égyptien, des Peuples de la Mer,
et autres Hyksos, les Libyens antiques ...
Tels furent les nombreux sujets qui nous occupèrent deux journées bien remplies,
où je pus vérifier effectivement "l'énormité du dossier"!

Par la suite, j'ai pu revoir Jean SPRUYTTE à plusieurs reprises,
et je me souviens en particulier d'un court séjour que nous fîmes ensemble non loin de là
à Valensole, hôtes d'un lavandier-apiculteur, durant lequel Jean SPRUYTTE,
nous entraîna dans le parcours des collines avoisinantes.
Il avait convoqué pour l'occasion le spécialiste des monuments sahariens en pierres sèches, Mark MILBURN, avec lequel il correspondait, ayant découvert autrefois en Mauritanie d'importants monuments pyramidaux (bazinas).
De fait, il y avait un peu partout des entassements de pierres de garrigues, certains en forme de croissants, ce qui nous stupéfiait du fait de leur analogie avec d'autres typiques du Sahara. En fait, on sait maintenant qu'il s'agissait en partie des restes du Mur de la Peste érigé pour protéger le Midi et plus précisement Marseille, que ces épidémies martyrisaient.

En 1981, Jean SPRUYTTE annonçait des essais en vraie grandeur de chars de plusieurs époques.



Il avait longuement bataillé pour mettre au point des méthodes de menage,
ayant résolu les problèmes cités ci-dessus de gabarit des chevaux,
de croisement des rênes par la clef fichée sur le timon etc...
D'autres questions ayant surgi en parallèle, qu'il traitait avec talent dans ses articles :
par exemple, comment atteler les chevaux externes d'un quadrige :
¤ fallait-il raccorder les extrémités des traits au timon ?
son analyse des problèmes avec ses maquettes le conduisait rapidement à l'exclure.
Des vases attiques lui donnaient alors la solution : ils étaient fixés latéralement à la plateforme.
¤ Pourquoi les chevaux peints à Tamadjert ont-ils des queues coupées ?
en fait les crins sont rassemblés et repliés comme celà se pratique encore.

C'est à ce moment que les professeurs CAMPS et GAST,
devant l'ampleur des travaux atteinte par Jean SPRUYTTE,
décidèrent de réunir un Colloque consacré aux chars préhistoriques du Sahara,
qui se déroula à Sénanque les 21 et 22 mars 1981.

Il y avait là de nombreux spécialistes et chercheurs internationaux intéressés par ces problèmes et le volume des Actes reprenant les diverses communications allait faire date,
car SPRUYTTE, avec son fils pour aurige,
fit tourner devant nous divers modèles de véhicules à un ou deux timons.
C'est là qu'apparut sa découverte la plus étonnante, celle de la "barre d'attelage"
suspendue sous le cou, dont le mérite principal est de simplifier le dressage des chevaux
et de raccourcir les délais pour y parvenir.
En dehors de l'émerveillement partagé par toute l'assistance à voir ces véhicules antiques littéralement ressuscités et avec quelle perfection en tous points, je me souviens du seul détail relevé : le cocher fléchi sur ses jambes était plutôt rejeté vers l'arrière, de manière évidente pour conserver son équilibre, dans les évolutions du véhicule, alors que sur les chars peints l'aurige se projete courbé vers l'avant.

Il reste bien sûr d'autres questions à résoudre,
notamment le pourquoi de toutes ces images de chars, peintes ou gravées.
Jean SPRUYTTE s'était un moment interrogé sur la possibilité d'une diffusion
de maquettes en terre notamment pour les chars gravés du Maghreb,



comme on en a trouvé dans des fouilles en Syrie.
Jean SPRUYTTE eut une polémique serrée avec A. MUZZOLINI, autre éminent spécialiste des arts rupestres sahariens, sur l'origine de ces véhicules. Il les voyait importés, étant si facilement démontables, par des navires phéniciens.
L'absence, cruelle pour tous les chercheurs, de fouilles dans les zones longeant le Sahara,
une carence inadmissible qui dure encore, empêche à la fois de résoudre certaines questions
et surtout de relancer l'intérêt des chercheurs sur le char ancien.
Certes, Jean SPRUYTTE a fait très fortement progresser la connaissance sur le sujet.

Certes encore, il ne s'est pas limité aux véhicules sahariens,
mais a traité jusqu'aux chars des premiers chinois,
en attirant au passage l'attention sur un même "travers" des graveurs à représenter le véhicule les roues aplaties sur l'essieu, depuis la Mongolie jusqu'à l' Adrar des Iforas.
Certes enfin, il a proposé diverses hypothèses ("barre d'attelage", école de menage tassilienne au profit de la côte de la Sirte libyenne,...) pour résoudre les problèmes posés.

Mais le propre de ces recherches est que le temps passant et la réflexion avançant,
j'ai bien peur qu'un nouveau fédérateur attentif,
sérieux et passionné comme l'était notre cher auteur,
ne reste à découvrir pour les réexaminer ou les retrouver :
la rigueur de Jean SPRUYTTE le mériterait.

*

Nous accueillerons volontiers, ici, tous les témoignages
pouvant contribuer à nous éclairer sur le parcours de vie de Jean SPRUYTTE

*

Et aujourd'hui...

vers un regard nouveau sur ce passé




photo Franck David

Jean SPRUYTTE nous a quittés.

Les archives de ses travaux de recherche sur l’histoire de l’attelage,
ainsi que ses reconstitutions en grandeur nature ou en maquettes
de chars de plusieurs époques et divers continents,
ont été regroupées près d’Aix-en-Provence.

Dans un environnement où le cheval est roi,
une salle d’exposition dédiée à Jean SPRUYTTE
peut être visitée par ceux qui, cavaliers, historiens, chercheurs ou étudiants,
voudraient une plus large information technique sur l’attelage dans l’antiquité.

Il convient, pour vous y rendre, de prendre contact avec le propriétaire des lieux
par courriel adressé à : franckdavid@wanadoo.fr

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